Vous l’ignorez peut-être, mais la Commission Charbonneau n’est pas terminée.  Des gens continuent de témoigner, mais comme il s’agit d’experts et non pas de témoins venus faire un show de télé inutile ou tout le monde accuse tout le monde, les médias ont arrêté d’en parler.

Pourtant, lundi dernier, Denis Saint-Martin, professeur titulaire au département de science politique de l’Université de Montréal, a fait un témoignage très intéressant sur le néo-corporatisme et nationalisme économique, j’en cite un extrait:

Commission Charbonneau
Transcription de l’audience du 27 octobre

'Im from the government and Im here to helpLe nationalisme économique, depuis la Révolution tranquille, c’est la colle qui fait coller ensemble le partenariat social. Qui fait tenir ensemble ceux qui font partie du néocorporatisme, les quatre dont je vous ai parlé: état, patronat, syndicat, économie sociale. Eux, ils s’aiment pas la face la plupart du temps mais au niveau du nationalisme économique ils s’entendent parfaitement. Il n’y a aucune différence entre le PQ et le PLQ, entre le patronat et les syndicats, tous partagent l’idéologie du nationalisme économique, hérité de la Révolution tranquille, qui veut que, la richesse, elle aille d’abord à la majorité francophone. Ça c’est l’idéologie du rattrapage de la Révolution tranquille. […]

Donc, l’idéologie du rattrapage, de la majorité francophone qui a un retard économique, puis l’État doit l’appuyer et mettre toutes ses forces pour faire avancer cette majorité-là. Ça c’est un dogme, ça c’est le paradigme absolu du modèle néocorporatisme québécois.

Et on peut dire que le nationalisme économique vient, en quelque sorte, faire plier les règles du marché. Parce que les règles accordent un certain préférentialisme. Dans le nationalisme économique, la Statue de la Liberté, son regard n’est pas tout à fait bandé, n’est-ce pas? Parce qu’elle va toujours privilégier les entreprises d’ici, francophones. Donc, on peut dire que les ressources économiques, dans un système de nationalisme économique, c’est un régime qui va un peu bloquer l’accès. L’accès sera pas ouvert à tous. On va avoir un traitement préférentiel pour les nôtres. […]

Mais là le modèle maintenant il arrive à un moment de grande fatigue, vraisemblablement. Et on voit que ça a créé une culture, le modèle néocorporatiste, qui permet aux acteurs économiques de se coordonner, parce que leur action coordonnée est payante pour tout le monde, en théorie, bien, ça a créé un terreau fertile pour des trucs comme, évidemment, Accurso qui veut pas que le Chinois viennent, n’est-ce pas, et qu’on téléphone au premier ministre pour lui en faire part.

Autrement dit, la corruption au Québec découle du fait qu’on aime mieux se faire fourrer par les nôtres plutôt que de faire de bonnes affaires avec des étrangers…