Au lendemain de son élection, Philippe Couillard avait mandaté deux experts indépendants, Luc Godbout et Claude Montmarquette, pour faire le bilan des finances du Québec en vue de préparer le prochain budget qui devrait être dévoilé en juin. Le rapport conclut que le Québec est dans un cul-de-sac: le gouvernement a perdu le contrôle des dépenses et la paralysie économique a grevé les revenus du gouvernement. De mon côté, j’avais fait le même constat depuis quelques mois (ici, ici, ici et ici).

Dans son dernier budget, déposé au mois de février, Nicolas Marceau avait prévu un déficit de 1,75 milliard pour l’année 2014-2015.  Le rapport nous apprend qu’il sera finalement de 3,7 milliards, une erreur de 1,95 milliard qui correspond à un écart de 111%…  À titre indicatif, cette somme correspondrait à une taxe sur l’essence de 16¢/litre…  En novembre 2012, Nicolas Marceau nous avait promis d’atteindre le déficit zéro en 2013-2014…

Si le Québec est dans une situation financière aussi précaire, c’est en partie à cause d’une économie stagnante qui prive le gouvernement de revenus fiscaux.  Voici les écarts prévisionnels par source de taxation par rapport au budget du 20 février 2014:

Économie Québec

En tout et partout, les revenus autonomes du gouvernement affichent un manque à gagner de 480 millions de dollars par rapport à ce qui était prévu dans le budget.  Tous les postes, sauf les taxes sur le tabac, sont dans le rouge.  Si les impôts des particuliers, des entreprises ou les taxes sont en deçà des attentes, c’est tout simplement parce que l’économie est paralysée. Une stagnation des salaires diminue l’impôt des particuliers, ceux-ci consomment moins ce qui se répercute sur la TVQ et l’impôt des entreprises… Les revenus autonomes du gouvernement sont analogues à des baromètres économiques, pour le moment ils indiquent tous que le temps est orageux…

Mais la débandade financière du Québec s’est aussi jouée au niveau des dépenses. Pour l’année 2013-2014, il y aura un dépassement de 680 millions de dollars!  Pour l’année suivante, 2014-2015, Nicolas Marceau avait prévu une croissance des dépenses de 2,0%, elle sera finalement de 6,1%, 3 fois plus élevée que la cible dans le budget!  Concrètement, c’est un écart de 3,2 milliards de dollars, l’équivalent d’une taxe sur l’essence de 30¢/litre.  Pourtant, durant la dernière campagne, le PQ a répété ad nauseam que leur parti faisait une gestion des dépenses « à la cenne près »…

Voici comment se comparent les cibles de dépenses des provinces canadiennes pour l’année 2014-2015:

Économie Québec

Comme je disais, les dépenses du Québec sont maintenant hors de contrôle…

Le Québec se retrouve un peu dans la même situation qu’en 2003 lorsque Jean Charest nous avait promis la réingénierie de l’État.  À l’époque, Jean Charest avait manqué de courage et rien n’avait véritablement changé.  Mais cette fois-ci, j’ai l’impression que les choses sont différentes, que la réingénierie est devenue inévitable, et ce, pour trois raisons:

  1. L’espace fiscal du gouvernement est nul, les contribuables ont déjà été saignés, il sera impossible d’équilibrer le budget en les taxant plus.
  2. Aujourd’hui, la dette est plus élevée qu’en 2003, le Québec est déjà surveillé par les agences de notation et le service de la dette dépasse 10 milliards. Contrairement à 2003, on ne peut plus ignorer le problème.
  3. En 2003, le gouvernement du Québec pouvait compter sur le règlement du déséquilibre fiscal pour faire entrer des milliards d’argent dans ses coffres. Cette carte n’est plus disponible.

En décembre 2013, suite à une mise à jour économique du PQ, l’agence de notation Fitch avait été claire: si le Québec ne respectait pas les cibles de revenus et de dépenses fixées à l’époque, ce serait la décote:

« INABILITY TO ACHIEVE ECONOMIC AND FISCAL TARGETS: Additional near-term economic and revenue deterioration, or an inability to attain revised fiscal targets under current forecast trends would result in a rating downgrade. »

Pour le moment, le Québec ne respecte aucune de ses cibles…

Sources:
Ministère des finances du Québec
Rapport d’experts sur l’état des finances publiques du Québec