Charest réingénierie
YGRECK

Est-ce qu’il aurait été préférable d’élire un gouvernement libéral minoritaire lundi dernier ?

C’est la première question qui se pose quand on pense à l’élection de Philippe Couillard au poste de premier ministre. Un gouvernement minoritaire aurait eu des avantages certains. La balance du pouvoir appartenant à la CAQ, le parti de François Legault aurait pu tempérer les élans dépensiers qui nous ont si souvent déçus chez les libéraux.

Par contre, dans le contexte de la commission Charbonneau, un gouvernement minoritaire aurait tenu tout au plus 12 mois. Autrement dit, le Québec aurait dû passer au travers une autre campagne électorale portant sur l’intégrité, les prête-noms, Arthur Porter et probablement la charte. Une autre année complète à tourner en rond. En ce sens, un gouvernement majoritaire apportera une stabilité qui fera du bien à tout le monde.  Sans compter que François Legault pourra utiliser les 4 prochaines pour faire de la CAQ l’alternative naturelle au PLQ.  En 2007, l’élection d’un gouvernement minoritaire a eu pour conséquence que l’équipe de Mario Dumont a manqué de temps pour préparer l’élection qui allait suivre.

Mais avant d’aller plus loin au sujet du gouvernement de Philippe Couillard, je veux faire un détour en 2003, lors de l’élection de Jean Charest…

En 2003, l’un des premiers gestes du PLQ au lendemain de son élection avait été de demander une vérification des états financiers du gouvernement à Guy Breton, l’ancien vérificateur général. Lors de cette vérification, on découvre un trou de 4,3 milliards de dollars dans le budget du gouvernement précédent…

C’est suite à la découverte de ce manque à gagner que Jean Charest parle pour la première fois de la nécessité de procéder à une « réingénierie de l’État » pour sauver le Québec de la faillite (contrairement à la croyance populaire, la promesse de réingénierie n’a jamais été faite durant la campagne électorale, elle est venue après l’élection du gouvernement).

L’opération est lancée par Jean Charest le 4 juin 2003 lors de son discours inaugural dans lequel il déclare:

« Le Québec est à l’heure des décisions. Nous sommes arrivés au bout d’un modèle de fonctionnement. Ce modèle a été créé il y a une quarantaine d’années par de grands Québécois. Il nous a permis d’aller loin. Mais nous devons maintenant le revoir pour continuer à progresser. […]

L’État québécois, qui a donné le signal de notre émergence parmi les sociétés les plus modernes du monde, a vieilli. Il se trouve aujourd’hui en décalage face aux citoyens. Il ne parvient plus à répondre efficacement à leurs besoins. Et les Québécois en font les frais tous les jours. Il fait de nous les citoyens les plus taxés du continent. Il place notre niveau de vie au 52e rang sur 60 États et provinces du nord du continent. Cet État mal adapté nous coûte 37 % plus cher qu’en Ontario et 25 % plus cher que dans le reste du Canada.

Il s’en trouvera peut-être pour dire que c’est là le prix de notre différence. Nous refusons cette analyse. Notre différence n’est pas une taxe. Je pense plutôt que c’est le prix payé par les Québécois pour des gouvernements qui ont manqué à leur devoir; à leur devoir de réviser périodiquement leurs façons de faire, comme tous les citoyens ont dû le faire, que ce soit dans leur travail, leur entreprise, dans leur foyer et leur famille.[…]

Pendant combien de temps l’État québécois peut-il exiger davantage de sacrifices de ses citoyens que de lui-même? Pendant combien de temps l’État québécois peut-il continuer à tout taxer et à se mêler de tout avec, pour résultat, de souvent faire les choses à moitié?

C’est sur la base de ces principes de gestion que nous inaugurerons six grands travaux qui seront le coeur de la réingénierie de l’État québécois. »

On connaît la suite des choses… La réingénierie a été le plus grand flop de la carrière politique de Jean Charest.

Par contre, à la défense de premier ministre, on pourrait dire qu’il a été en avance sur ton temps.  En 2003, les Québécois faisaient leurs tout premiers pas sur l’axe gauche-droite et ils n’étaient pas outillés pour recevoir et comprendre un tel discours.  Leur attention ayant été monopolisée par les questions constitutionnelles depuis plusieurs décennies, on oublie que sur les questions de politiques publiques les Québécois sont partis de très loin.  Un énorme travail de pédagogie a été réalisé depuis et 11 ans plus tard, la réception à ce genre de discours serait probablement tout autre.

Pourquoi je vous parle de ça ?

Parce que tout comme Jean Charest, Philippe Couillard a débuté son mandat en demandant une vérification des états financiers du gouvernement précédent.  Qui sait, avec un peu de chance on trouvera peut-être un trou dans le budget et Philippe Couillard aura peut-être le courage de faire la réingénierie promise par Jean Charest…

P.-S. Dans un an presque jour pour jour, les conventions collectives du secteur public arriveront à échéance…