Catch-22Historiquement, la ville de Montréal a toujours été négligée par le gouvernement provincial.  Montréal étant un territoire où l’on peut écrire le résultat du scrutin dès le premier jour de la campagne (l’Est vote PQ et l’Ouest vote PLQ), les politiciens ne sentent pas le besoin de faire de grandes promesses ou de prendre des engagements puisque quoiqu’ils disent et quoiqu’ils fassent, les circonscriptions libérales voteront toujours libéral et les circonscriptions péquistes voteront toujours péquiste.

Concrètement, ce phénomène se mesure dans les dépenses/subventions du gouvernement provincial pour des immobilisations dans la ville de Montréal.  Depuis 1998 (première année disponible), la région de Montréal a reçu en moyenne 444$/habitant pour ses immobilisations; à titre indicatif, la région de Québec a reçu en moyenne 1 217$/habitant durant cette période. Incidemment, les batailles électorales ont toujours été plus nombreuses dans la région de Québec que dans celle de Montréal.

Mais la situation est-elle en train de changer ?

Pendant 44 jours, Régis Labeaume a fait campagne sur les fonds de pension de ses employés municipaux, transformant cet enjeu en campagne référendaire.  Avec une victoire à 74%, Régis s’est empressé de crier victoire tout en spécifiant que la force de son mandat obligeait le gouvernement péquiste à céder à ses demandes.  La réaction du ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a été plutôt tiède.  Ce dernier a tenu à nuancer la portée du mandat de Régis Labeaume tout en spécifiant  que son gouvernement n’avait pas l’intention de brusquer les syndicats…

Cette réaction est somme toute compréhensible: même si le PQ acceptait les demandes de Régis Labeaume, la possibilité de faire des gains électoraux dans la région de Québec est quasi nulle, le PQ n’est tout simplement plus une option pour une majorité d’électeurs.  De plus en s’accolant à Régis, le PQ risque de s’aliéner sa base syndicale.  Le calcul est somme toute assez simple: s’aligner sur le maire de Québec implique un grand nombre d’inconvénients et peu d’avantages.

La région de Québec pourrait toujours miser sur une surenchère entre la CAQ et le PLQ pour parvenir à ses fins, mais dans la mesure où la CAQ semble être un parti en fin de vie (déjà…), le PLQ risque de considérer la région de Québec comme un territoire acquis i.e. qui ne nécessite pas la prise de paris électoraux risqués.

Bref, si l’effondrement de la CAQ se concrétise, Québec pourrait devenir un peu comme Montréal: un territoire qui ne mérite plus de campagnes de séduction…  Et si la région de Québec garde la CAQ en vie, cela implique un vote pour un parti qui est condamné à ne jamais prendre le pouvoir (un peu comme le Bloc Québécois)…