Souveraineté AlimentaireLes Canadiens-français n’ayant pas d’opinions, mais des émotions, il ne faut pas se surprendre d’avoir vu des politiciens prendre les électeurs pour des connards en parlant de « souveraineté alimentaire », un concept fondamentalement populiste et démagogue.

Pour comprendre à quel point ce concept serait néfaste à une société, appliquons-le aux individus. Voudriez-vous être « alimentairement souverain » ? En d’autres termes est-ce que vous seriez intéressé à produire toute la nourriture que vous consommez ?

La totalité des gens (je l’espère) me répondra non: il ne serait pas avantageux pour eux de sacrifier leur travail ou leurs études pour labourer un champ dans le but d’obtenir une maigre pitance. On me dira qu’il est de loin plus profitable de laisser ce travail aux fermiers, une main-d’oeuvre hautement spécialisée, capable de produire efficacement une grande variété d’aliments.

N’étant pas contraints d’être « alimentairement souverain », les individus ont donc la possibilité de se spécialiser dans une tâche qui leur apparaît comme plus profitable. Certains deviendront ingénieurs, d’autres infirmières ou encore plombiers. C’est en uniquement renonçant à la souveraineté alimentaire que ces professions sont possibles. Dans une société où les individus doivent être « alimentairement souverains », personne n’a la possibilité de se spécialiser pour devenir médecin puisqu’il faut passer de longues heures dans les champs.

Si le concept de souveraineté alimentaire est complètement absurde à l’échelle individuelle, il en va de même à l’échelle des pays. Les gens/pays « alimentairement souverains » vont sacrifier la spécialisation pour obtenir une bouchée de pain. Il vaut mieux laisser l’agriculture aux gens/pays spécialisés, ce qui donne aux gens/pays, la possibilité d’accomplir des tâches plus productives.

On me répondra que les pays qui ne sont pas « alimentairement souverains » sont à la merci des pays exportateurs. Vrai, de la même manière, le médecin est à la merci du fermier s’il veut manger trois repas par jour. On sera tous d’accord pour dire qu’une société où des gens ont renoncé à leur souveraineté alimentaire pour devenir médecins est préférable à une société sans médecin parce que tout le monde désire être « alimentairement souverain ».

En passant, même si le Québec ne produit pas de composantes informatiques, il n’y a jamais eu de pénurie d’ordinateurs au Québec.  Par contre, si l’on avait voulu faire du Québec une province « technologiquement souveraine », non seulement nous aurions probablement eu des pénuries, mais on peut aussi dire sans trop se tromper que les composantes seraient de piètre qualité.

On pourrait faire un raisonnement analogue avec les politiciens qui parlent de « souveraineté énergétique ».