Vu lors de la manifestation « pacifique » du 22 mai:

Gauche=Violence

On peut voir un drapeau anarcho-environnementaliste (vert et noir, vu lors de l’émeute du Palais des Congrès) et quelques drapeaux anarcho-communistes (rouge et noir, vu lors de plusieurs émeutes, notamment celle de Victoriaville).  Il n’est donc pas très surprenant que des actes de vandalisme (peu rapportés dans les médias) aient été commis lors de cette manifestation « pacifique »…*

Il est très troublant de voir que des gens peuvent manifester en brandissant la bannière de groupe dont le radicalisme n’a d’égal que la violence…  Il serait grand temps pour les médias d’expliquer à la population la signification de ces symboles pour que le public puisse mieux comprendre ce qui agite le mouvement étudiant.

Ce qui m’amène à une trouvaille très intéressante du blogue de Pierre Jean-Jacques (il est en feu) à propos de Normand Baillargeon.  Dans une chronique publiée dans le journal Voir, Normand Baillargeon affirme que désormais il portera le carré rouge et…  le carré noir, spécifiant du même coup que ces deux couleurs forment « un bien beau drapeau » (celui de l’anarcho-communisme).  A-t-on besoin de préciser que l’anarcho-communisme se définit par son amour pour les actions violentes (ici, ici, ici, ici, ici & ici) ?

Mais l’histoire devient encore plus intéressante quand on prend connaissance du « Manifeste du carré noir ».  L’histoire ne dit pas si en adoptant le carré noir, Normand Baillargeon adhère aussi à ce manifeste, mais sa lecture demeure néanmoins ESSENTIELLE pour comprendre ce qui se passe dans les rues de Montréal.

Manifeste du CARRÉ NOIR

DES ANARCHISTES PARMI TANT D’AUTRES!

Nous sommes étudiant-e-s. Nous sommes travailleuses et travailleurs. Nous sommes chômeur-e-s. Nous sommes en colère. Nous ne récupérons pas une grève. Nous sommes dans le mouvement depuis le début. Une de ses formes au même titre qu’une autre. Nous ne sommes pas des extrémistes, nous avons une critique radicale de cette société qui est la nôtre. Nous n’infiltrons pas les manifestations, nous aidons à les organiser, nous les rendons vivantes. Nous ne sabotons pas la grève, nous en sommes partie intégrante, nous aidons à l’organiser, nous faisons battre son cœur.

Nous sommes organisé-e-s pour lutter contre ce système violent et oppressif. Nous croyons que la violence du système qui attaque des classes économiques et des populations entières justifie l’usage de la violence qui cible du matériel et des agents politiques que sont les flics. Nous nous drapons de noir pour tenter d’échapper à la répression d’un système qui a fait ses preuves d’intolérance à l’égard de la contestation (Toronto 2012, Montebello 2007, Québec 2001, 15 mars de tous temps, 7 mars 2012, etc). Nos drapeaux noirs s’opposent au fleurdelisée dont les symboles – le roi et l’église – nous horrifient. Le black block n’est pas un groupe. C’est une tactique, une tactique qui oppose obéissance docile aux normes et aux lois, à la désobéissance civile et à l’action directe.

De l’opinion publique et du mythe de l’unité

Les radicaux-ales s’opposent dans la grève présente aux «imagistes» qui se revendiquent du pacifisme. L’opinion publique, qui oriente la façon dont ces derniers agissent, est une chimère. Notre champ de bataille se situe dans la rue, dans les A.G., dans les bureaux occupés, dans les milieux libérés, pas dans les médias. Nous dénonçons l’illusion que les choses peuvent être changées sans perturbation.

Nous opposons le principe de la solidarité au mythe de l’unité qui sévit dans l’imaginaire de nos contemporain-e-s – les intérêts des québécois-e-s ne sont pas uniques et homogènes. L’unité d’un mouvement est-elle vraiment souhaitable? Ne prend-il pas sa force justement dans le fait qu’il soit diversifié, que certains soient prêts et prêtes à prendre plus de risques et se protéger en conséquence?

De la violence et de la non-violence

Nous croyons qu’il y a une gigantesque différence qualitative entre la violence envers des objets et celle envers des êtres humains. Au risque de nous répéter, nous nous attaquons à des objets. C’est un geste politique et symbolique. Ce faisant, nous nous exposons à une violence beaucoup plus grave: le matraquage, le gazage, la judiciarisation, le fichage par GAMMA et maintenant la répression interne. Nous considérons qu’un individu armuré, qui est prêt à frapper violemment d’autres individus simplement parce qu’il en a reçu l’ordre, perd momentanément l’exception qui prévaut quant à l’utilisation de la violence.

Si on regarde un peu dans les livres d’histoire, il est plus que facile de voir que le vandalisme a toujours été une arme légitime utilisée par les mouvements sociaux, suffragettes, syndicats, minorités racisées, peuples autochtones, etc. Aucun gain social n’a été acquis sans perturbation. Malgré la part décroissante de l’économie réelle dans le total de «l’argent créé», la propriété privée est encore la base sur laquelle est érigée le château de carte du capitalisme et du néolibéralisme qui attaquent présentement l’accessibilité aux études et notre vie au quotidien. C’est à elle que nous nous attaquons.

Instructif n’est-ce pas !  Maintenant, vous savez véritablement à qui nos policiers ont affaire le soir dans les rues de Montréal.

Et ce manifeste prend tout son sens quand l’on sait que cette mouvance anarchiste a tissé des liens avec la mouvance étudiante.  J’ai déjà discuté de ces liens (ici, ici & ici), voici une autre pièce à conviction:

On réalise maintenant que le portrait de la situation est beaucoup plus noir que celui présenté dans les médias…

*Commentaire inutile: « quelques drapeaux dans une manif de quelques milliers de personnes ce n’est pas grave ». Désolé, mais parader avec un symbole affiché de violence politique est toujours répréhensible, que ce soit un geste isolé où en plein coeur d’une manifestation.