Le piège est prêt!Ce billet a été écrit dimanche après-midi…  L’actualité évoluant tellement vite, il se peut que l’analyse présentée soit devenue complètement caduque…

Charest s’est-il montré plus malin que les associations étudiantes lors des négociations de la dernière chance qui se sont terminées par la signature d’un accord de principe ?  Il semble bien que oui, car peu importe si les étudiants acceptent ou non l’accord signé, les frais réels de scolarité vont augmenter et Charest va augmenter ses chances d’être réélu.

Rappelons que la hausse des frais de 254$ par année durant les 7 prochaines années est restée intacte, les associations étudiantes ayant plutôt consenti à la mise sur pied d’un comité de surveillance chargé d’éliminer le gaspillage dans les universités.  Le gaspillage éliminé par ce comité servira à réduire les frais afférents et en théorie à neutraliser la hausse prévue.  Il ne s’agit que de théorie, car dans la pratique, ce sera pratiquement impossible.

On compte environ 200 000 étudiants inscrits à temps plein dans les universités du Québec, une hausse de 254$ représente donc une somme de 50,8 millions de dollars. Donc, pour annuler la hausse des frais de scolarité, à chaque année durant 7 ans, le comité de surveillance devra éliminer 50,8 millions de dollars en gaspillage.  Une tâche tout simplement impossible.

Pour la première année, il sera peut-être possible de faire les coupures nécessaires, quoique j’en doute énormément, mais pour les 6 années suivantes, il faut rêver en couleur pour croire qu’on pourra en faire autant chaque année.  Tout le gaspillage sera éliminé lors de la première année de l’entente, il ne restera plus rien à couper pour les années suivantes, surtout quand on sait que la majorité des dépenses sert à payer des professeurs et du personnels.

Et pourquoi cette offre de Charest est-elle brillante ?

Le premier ministre s’est assuré que les étudiants vont payer plus.  Si l’entente est acceptée, comme on vient de le voir, l’élimination du gaspillage ne suffira pas à faire baisser les frais.  Charest pourra donc se présenter comme le grand médiateur qui a réussi à mettre fin à la plus grande crise sociale de l’histoire de la nation québécoise (le PLQ n’aura pas peur de spinner et d’en beurrer épais…), pendant que Pauline Marois n’a été bonne qu’à jeter de l’huile sur le feu en portant le carré rouge.

Et si les étudiants signent et que Pauline Marois devient quand même première ministre, on peut déjà parier qu’elle ne changera rien à cette entente.  La chef du PQ entretient une position floue sur les frais de scolarité depuis le début du conflit.  Si l’accord est signé par les trois fédérations étudiantes, on peut parier que même au pouvoir elle ne changera rien faisant valoir que l’accord ayant été entériné par les étudiants, tout le monde devra s’en accommoder.  De plus, je vois mal comment Marois pourrait faire campagne en promettant de déchirer une entente qui a déjà été acceptée par l’ensemble des étudiants, ça me parait suicidaire auprès de l’électorat qui ne voudrait probablement pas ré-ouvrir la blessure.

Et si les étudiants rejettent l’entente ?  Charest va recevoir sur un plateau d’argent un motif pour déclencher une élection référendaire à propos de cet accord de principe.  Déjà 68% de la population appuie la position du PLQ, en faisant campagne sur le fait qu’il a su faire preuve d’ouverture alors que les étudiants ont plutôt préféré la voie de la confrontation et du radicalisme, il pourrait gagner cette élection relativement facilement.  Surtout qu’il profiterait de la faiblesse du PQ qui n’a jamais eu une position claire sur la question.

Lors de l’annonce de l’entente, on a parlé d’une situation gagnant-gagnant pour tous les partis en cause.  En ce qui me concerne, c’est gagnant-gagnant pour Jean Charest, il est assuré d’avoir sa hausse et de faciliter sa réélection. Fin renard, Jean Charest, il a déployé la stratégie de la cage à homard pour piéger les étudiants, une fois entré, on ne peut plus en ressortir!

Leur seul espoir du côté étudiant est de rejeter l’offre, que le PLQ déclenche des élections et que par miracle le PQ réussisse à prendre le pouvoir.  Je ne parierais pas là-dessus.

Moi si j’étais premier ministre, je souhaiterais un refus de l’entente pour ensuite déclancher des élections.

H/T: Friviere