Dans son dernier livre, Jean-François Lisée s’est donné la difficile tâche de mettre la droite K.-O. en 15 arguments. Pour vérifier si tel est le cas, voici une série de billets qui reprend chacun des arguments avancés par Lisée pour en vérifier la validité. Attention, car la gauche est sur le point d’encaisser une droite !

Affirmation #7 de Jean-François Lisée: la droite ment quand elle affirme que les syndicats représentent un boulet économique pour le Québec.

La démonstration de Jean-François Lisée est aussi succincte que faiblarde.  Pour parvenir à cette conclusion, Lisée nous représente le graphique comparant la croissance du PIB/habitant pour le Québec et les États-Unis.  Ce graphique, qui avait déjà été présenté dans le premier chapitre de son livre, a déjà été critiqué dans un billet précédant.  Résumons simplement en disant qu’entre 1981 et 2010, la croissance annuelle moyenne au Québec, qui est syndiqué à 39%, a été de 1,34% contre 1,71% pour les États-Unis qui sont syndiqués à 11,8%.

On pourrait aussi dire qu’au Québec, la province la plus syndiquée, est aussi la province où l’on travaille le moins, l’une des provinces où la productivité et la croissance de la productivité sont les plus faibles et l’une des provinces où les revenus et la croissance des revenus sont les plus faibles.  Par contre, l’Alberta, qui est la province la moins syndiquée au Canada, se classe en tête de liste dans chacune de ces catégories.  Comme quoi les travailleurs albertains n’ont pas eu besoin des syndicats pour profiter de la manne pétrolière.

Mais faisons l’analyse que Jean-François Lisée a été trop paresseux pour faire.  Voici la relation qui existe entre le taux de chômage et le taux de syndicalisation, on verra bien si la syndicalisation est un boulet économique…

Lisée Droite
1997, première année avec des statistiques disponibles; en rouge les États américains, en vert les provinces canadiennes, en bleu le Québec

On observe une relation positive entre le taux de syndicalisation et le taux de chômage. Même si le chômage dépend de bien d’autres facteurs que la syndicalisation, la tendance suggérée par ce graphique tant à confirmer que la syndicalisation représente bel et bien un fardeau économique.

On peut aussi constater que les syndicats représentent un boulet économique quand on regarde l’évolution du nombre de travailleurs dans l’industrie manufacturière, qui a fortement été éprouvée depuis quelques années:

Lisée Droite

Au Québec, depuis 1997, 64,1% des pertes d’emploi dans l’industrie manufacturière proviennent des entreprises syndiquées contre 35,9% pour les entreprises non syndiquées. Encore une fois, on peut voir que la syndicalisation représente un fardeau à porter pour les travailleurs.

Le même phénomène est observable aux États-Unis.  Entre 1981 et 2010, l’emploi dans le secteur manufacturier syndiqué a diminué de 73% alors que dans le secteur non syndiqué la perte n’est que de 14%.

Il est fini le temps où la gauche pouvait dire que les syndicats sont nécessaires pour protéger les emplois des travailleurs, ils ont tellement tiré sur l’élastique que les entreprises syndiquées doivent maintenant mettre des gens à la porte. Ma question pour les gauchistes: veut-il mieux ne pas avoir d’emploi du tout que d’avoir un emploi non syndiqué ?

La syndicalisation s’accompagne aussi d’autres effets pervers.  Une étude publiée dans le Industrial and Labour Relations Review montre qu’une industrie à taux de syndicalisation moyen affiche un taux d’investissement brut en capital inférieur de 18 % à 25 % par rapport à une industrie non syndiquée.

Une autre étude publiée dans le Canadian Journal of Economics montre de son côté que l’investissement en recherche et développement est de 28% et 40% plus faible lorsqu’on passe d’une industrie marginalement syndiquée à une industrie fortement syndiquée.

On pourrait aussi parler de l’hyper-syndicalisation dans l’industrie de la construction qui coûte aux Québécois 3,4 milliards de dollars et 52 000 emplois.

Dans son livre Lisée défend les syndicats en disant que le coût de la non-syndicalisation est élevé pour les travailleurs.  Il fait notamment mention des heures supplémentaires non payées et des pauses repas écourtées…  Par contre Lisée, ne parle pas du coût de la syndicalisation: pertes d’emplois, faibles investissements, hausse des coûts…  Cela ne semble pas être très important pour la gauche.  Je repose donc ma question, veut-il mieux ne pas avoir d’emploi du tout que d’avoir un emploi non syndiqué ?

De plus, si Jean-François Lisée a raison et que les syndicats font un travail remarquable pour protéger les droits des travailleurs, alors pourquoi les syndicats tiennent-ils mordicus à la formule Rand qui oblige les travailleurs à être membres d’un syndicat ?

Si les syndicats font un bon travail, les travailleurs choisiront d’être membres sans qu’on les y contraigne.

De plus, si les syndicats font un si bon travail, alors pourquoi la profession de syndicaliste est-elle l’une des moins respectées au Québec ? Seulement 24% de la population font confiance aux syndicalistes, c’est la même proportion qui fait confiance aux entrepreneurs en construction.  Sachant que 39% des travailleurs québécois sont syndiqués, cela implique que beaucoup de syndiqués ne font pas confiance à leur organisation…

Les syndicats ont peut-être peur de ceci:

Lisée Droite

Parlant de la formule Rand, aux États-Unis, dans 22 des 50 États, la formule Rand a été abolie (ce que les Américains appellent des Right-to-Work States).

Dans ces États, en 2011, le taux de chômage était de 8,7%. Dans les États où l’adhésion au syndicat est obligatoire (maintien de la formule Rand), le taux de chômage était de 9,1%. La différence de 0,4 pt de % peut sembler minime, mais elle représente néanmoins 395 000 emplois.

De plus, dans ces États, de 2008 à 2009, année où la récession a frappé de plein fouet, la croissance économique a été de -1,66%. Dans les États où l’adhésion au syndicat est obligatoire, la croissance économique a été de -2,42%. C’est une différence non négligeable de 46% entre les 2 systèmes.

Somme toute, Jean-François Lisée a tort quand il affirme que le syndicalisme québécois n’est pas un boulet économique tout comme il a tort quand il affirme que le coût de la non-syndicalisation est prohibitif.   Je repose pour une troisième fois ma question, car elle est primordiale: veut-il mieux ne pas avoir d’emploi du tout que d’avoir un emploi non syndiqué ?

À lire aussi:

Sources:
Statistique Canada
Tableau 282-0078
Tableau 282-0087

U.S. Bureau of Labor Statistics
Local Area Unemployment Statistics
Economy at a Glance

Unionstats.com
State: Union Membership