Dans son dernier livre, Jean-François Lisée s’est donné la difficile tâche de mettre la droite K.-O. en 15 arguments. Pour vérifier si tel est le cas, voici une série de billets qui reprend chacun des arguments avancés par Lisée pour en vérifier la validité. Attention, car la gauche est sur le point d’encaisser une droite !

Affirmation #6 de Jean-François Lisée: la droite ment quand elle affirme que le Québec est un « enfer fiscal ». Selon Lisée, le Québec est l’un des endroits dans le monde où les gens sont les moins imposés.

Selon les calculs présentés par Jean-François Lisée dans son livre, les Québécois seraient moins imposés que les Canadiens, les Américains et la quasi-totalité des pays industrialisés !  Pour parvenir à cette conclusion, Jean-François Lisée utilise un artifice très ingénieux (et malhonnête), il déduit des impôts payés par les gens, les « services » qu’ils sont reçus du gouvernement.  Par exemple, si une personne paye 10 000$ en impôts et reçoit 8 000$ en services gouvernementaux, son niveau d’imposition réel ne serait que de 2 000$.

Le problème avec ce genre de calcul, Jean-François Lisée fait abstraction de la qualité des services reçus i.e. il ne se demande pas si les contribuables en ont pour leur argent.  C’est un peu comme si un critique gastronomique qui mange exactement le même hamburger dans un McDonald’s pour 5$ et dans un restaurant cinq étoiles pour 50$ parvenait à la conclusion que le hamburger du restaurant cinq étoiles est le meilleur parce que le restaurateur lui a fourni un service qui valait 50$.

Voici à titre d’exemple la qualité des services produits par le gouvernement québécois dans quelques-unes de ses sphères d’activité:

Lisée Droite

Lisée Droite

Lisée Droite

Lisée Droite

Des temps d’attente de 17 heures dans les urgences, des CHSLD qui servent de la nourriture infecte, un ministère de l’Éducation qui cache désormais ses chiffres sur le décrochage pour dissimuler sa médiocrité, des listes d’attente interminable pour avoir accès à des CPE...  Voilà les services que les Québécois reçoivent en échange de leurs impôts…

Si les Québécois payaient très peu d’impôts/de taxes/de tarifs, il serait normal que le gouvernement nous donne en retour des services merdiques, or ce n’est pas le cas!  Voici à quoi ressemble la fiscalité des particuliers au Québec:

Lisée Droite

Lisée Droite

Lisée Droite

Maintenant, posez-vous la question: ces impôts permettent-ils aux Québécois d’avoir de meilleures écoles, de meilleurs soins de santé, de meilleures routes que les autres provinces ?

Les Québécois sont ceux qui payent le plus tous azimuts, mais Lisée veut nous faire croire que les « services » que l’on reçoit du gouvernement compensent.  Avec les impôts que l’on paye, le Québec devrait offrir des services cinq étoiles mur à mur.  Or, comme je l’ai montré dans les graphiques ci-haut, on doit se contenter de services merdiques, alors que nous devrions être en tête dans tous les classement avec l’argent que l’on verse au gouvernement.

Un autre moyen pour calculer la lourdeur fiscale consiste à faire le rapport entre le « revenu personnel disponible » et le « revenu disponible ».  Le « revenu disponible » mesure la totalité des sommes gagnées par un individu, que ce soit un revenu d’emploi ou de placements.  Le « revenu personnel disponible » mesure ce qui reste dans les poches d’un individu après le paiement des impôts/taxes/tarifs faits à tous les paliers de gouvernement.  Le rapport entre le « revenu personnel disponible » et le « revenu disponible » donne la proportion du revenu gagné par un travailleur qui ne finit pas dans les coffres des gouvernements.  Voici la mesure de ce rapport à l’échelle de l’Amérique du Nord:

Lisée Droite

Les Québécois sont ceux qui payent le plus d’impôts et qui reçoivent les services les plus médiocres.  Contrairement à ce qu’affirme Lisée, la belle province mérite amplement son qualificatif d’enfer fiscal.

D’ailleurs, si le Québec n’était pas un enfer fiscal comme le prétend Lisée, si le Québec offrait le meilleur rapport qualité/prix pour ses impôts et ses services, les Québécois ne seraient pas si nombreux à quitter la province:

Lisée Droite

Je n’ai pas été en mesure de trouver des chiffres sur la migration entre le Québec et les États-Unis.  Par contre, ces statistiques sont disponibles pour le Canada. Selon une étude de Statistique Canada publiée il y a trois ans, entre 2000 et 2004, chaque année, 68 900 Canadiens sont allés vivre aux États-Unis. À l’opposé, seulement 6 110 Américains sont venus vivre au Canada…

Donc sachant que le Québec a un solde migratoire négatif avec le reste du Canada et sachant que le Canada a un solde migratoire négatif avec les États-Unis, on peut raisonnablement supposé que plus de Québécois décident d’aller vivre aux États-Unis qu’il y a d’Américains qui décident de venir vivre au Québec.

À lire aussi:

Sources:
The Frontier Centre For Public Policy
Canada Health Consumer Index 2011

Statistique Canada
Statistiques sur les tribunaux de juridiction criminelle pour adultes, 2008-2009
L’âge de l’infrastructure publique : une perspective provinciale
Tendances du taux de décrochage et des résultats sur le marché du travail des jeunes décrocheurs
Tableau 384-0012
Tableau 051-0018

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Fiscalité : À la recherche de l’excellence

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