Dans son dernier livre, Jean-François Lisée s’est donné la difficile tâche de mettre la droite K.-O. en 15 arguments. Pour vérifier si tel est le cas, voici une série de billets qui reprend chacun des arguments avancés par Lisée pour en vérifier la validité. Attention, car la gauche est sur le point d’encaisser une droite !

Affirmation #1 de Jean-François Lisée: la droite ment quand elle affirme que l’économie québécoise est en retard sur celle des autres pays. Selon Lisée, le Québec n’est pas économiquement médiocre puisque depuis 10 ans, la croissance du PIB par habitant rivalise avec les pays du G-7.

Pour parvenir à cette conclusion, Jean-François Lisée présente un graphique comparant la croissance du PIB/habitant du Québec à celle des pays du G-7 et de l’Ontario, pour la période couverte entre 2001 et 2011.  Selon cette analyse, le Québec se classe deuxième, uniquement devancé par l’Allemagne.

Il y a deux problèmes avec cet argument.  Premièrement, la période choisit, on ne peut pas prétendre analyser véritablement les succès du modèle québécois en regardant une période de temps aussi courte.  Ce genre d’analyse demande une analyse sur une période beaucoup plus longue pour être en mesure de dégager une tendance historique significative.  Surtout que la dernière décennie a été plutôt atypique sur le plan de l’économie (deux récessions causées par l’intervention du gouvernement, le 11 septembre et une économie québécoise stimulée artificiellement par des dépenses en infrastructures).  Deuxièmement, l’échantillonnage est relativement petit, pourquoi se limiter uniquement aux pays du G-7 ?

Voici donc comment se compare la croissance du PIB/habitant au Québec pour la période entre 1981 et 2010, soit la plage de temps la plus étendue possible pour laquelle des statistiques sont disponibles.

Lisée Droite

Malheureusement pour la gauche québécoise et leur modèle, la Québec se retrouve dans le fond du classement…  Par contre, les observateurs les plus jovialistes ont peut-être remarqué que le Canada se classe relativement près du Québec.  J’invite ces gens à prendre connaissance des deux graphiques suivants à propos des vingt pays les plus riches de l’OCDE:

Lisée Droite Lisée Droite

Ici, il est important de ne pas confondre la croissance annuelle du PIB/habitant et la valeur du PIB/habitant.  Ce n’est pas parce que la croissance du Canada est proche de celle du Québec que les PIB/habitant sont équivalents.  En 2010, le PIB par habitant du Canada était de 47 630$ alors que celui du Québec était de 40 174$.  Donc, de 1981 à 2010, le Québec a été incapable de rattraper le Canada.

Ce phénomène est préoccupant, car normalement le Québec aurait dû profiter du « catch-up effect », un phénomène qui fait en sorte qu’il est plus facile pour un pays pauvre de croître plus rapidement qu’un pays riche.   Ce phénomène explique pourquoi la croissance de la Chine peut atteindre 8% alors que celle des États-Unis dépasse rarement le 3%. Au fur et à mesure que le PIB/habitant de la Chine se rapprochera de celui des États-Unis, plus leur croissance économique ralentira.

Résumons, avant 1981, le Canada a pris une longueur d’avance sur le Québec et de 1981 à 2010, le Québec a été incapable de combler ce retard, celui-ci s’est même légèrement accru.  À cet égard, le second graphique est particulièrement intéressant puisqu’il compare le PIB/habitant en utilisant le Québec comme valeur de référence.  Par exemple, en 1981, le PIB/habitant des vingt pays de l’OCDE les plus riches représentait 102% du PIB/habitant du Québec i.e. les deux valeurs étaient à toute fin pratique identiques.  Par contre, en 2010, le PIB/habitant des pays de l’OCDE représentait 116% du PIB/habitant du Québec, autrement dit le Québec a pris un retard non négligeable.

Si, entre 1981 et 2010, le Québec avait maintenu la même croissance que les pays de l’OCDE les plus riches, le PIB/habitant serait aujourd’hui de 52 183$, soit 12 000$ de plus que le niveau actuellement observé.

La Corée est un brillant exemple de réussite.  Bien que ce pays possède un PIB/habitant bien en deçà de la moyenne de l’OCDE, sa croissance annuelle moyenne de 6% entre 1981 et 2010 (catch-up effect) a fait en sorte que le PIB/habitant de ce pays est passé de 25% de la valeur du Québec en 1981 à 88% en 2010.

Conclusion: on ne peut conclure, comme Jean-François Lisée le fait, que la croissance de l’économie du Québec rivalise avec celle des autres pays, au contraire, le Québec a pris du retard depuis le début des années 80.  Mais attention, ce retard n’est pas imputable aux Québécois qui seraient moins intelligents que les autres, mais plutôt au modèle économique qui a été imposé par les élites à grand coup de sophismes et de diabolisation du système capitaliste.

Mais au-delà de tous ces chiffres, un fait demeure: si le modèle économique québécois était un succès, nous n’aurions pas besoin de recevoir de péréquation…

Sources:
Statistique Canada
Tableau 384-0013

OCDE
OECD StatExtracts

HEC Montréal
Productivité et prospérité au Québec: Troisième édition