Gauche/DroiteLa semaine dernière, sur les ondes de RP, Fred Têtu a parlé du futur de la droite au Québec.  On pourrait résumer l’essentiel de son commentaire en disant que pour Fred Têtu, si la droite veut un jour prendre le pouvoir elle devra faire des compromis pour se rapprocher du centre.  Je vous invite à écouter un extrait de son intervention.

Je suis parfaitement conscient qu’un parti 100% libertarien ne prendra jamais le pouvoir de mon vivant au Québec.  Donc, si je dis « oui » au compromis, je dis aussi que la droite ne doit pas nécessairement faire des compromis.

Je m’explique.  Prenons un parti de droite qui désire faire passer le taux d’impôt sur les corporations à 0% alors qu’un parti de gauche désire maintenir le taux à 40%.  Dans le but d’être plus présentable, le parti de droite accepte de faire un compromis en tranchant la poire en deux pour demander un taux de 20%.

L’élection arrive et la droite n’est pas élue.  Mais à cause du compromis qui a été mis sur la table lors de l’élection, la position de droite n’est plus un taux de 0%, mais un taux de 20%.  Par conséquent, lors de l’élection suivante, toujours dans le but d’être plus présentable, la droite devra faire un autre compromis pour se rapprocher du taux de 40% en demandant un taux de 30%, et ainsi de suite…

On réalise rapidement où va mener la recherche absolue du compromis: au bout de quelques cycles électoraux, la droite finira par avoir le même programme électoral que la gauche, à moins que des gens dans cette formation politique se lèvent pour dire que le parti est en train de perdre son âme à force de vouloir plaire.  C’est cette obsession du compromis qui a fait que l’ADQ, un parti de droite, est plus à gauche que la gauche suédoise.

Mais tout n’est pas noir puisqu’à l’inverse, si le parti de droite gagne son élection après avoir accepté de faire un compromis avec un taux d’imposition à 20%, ce nouveau taux deviendra l’option centriste et lors d’une prochaine élection la droite pourra proposer légitimement un taux de 10%.

En d’autres mots, si les compromis sont nécessaires, on ne doit pas nécessairement faire des compromis puisque si la droite fait des compromis dans une cause perdante, le résultat immédiat sera de déplacer le spectre politique vers la gauche.  Par contre, dans une cause gagnante, un compromis permet de déplacer le spectre politique vers la droite.  Ce qui est important pour un parti politique de droite c’est de choisir ses batailles et de réaliser que chaque compromis qui est fait pour accéder au pouvoir porte en lui le germe de sa destruction.  Quelquefois, il vaut mieux accepter de perdre une élection en défendant une option marginale que de tout risquer dans une élection au dénouement incertain.

Le Parti Québécois et le Parti Conservateur ont tous les deux accepté de s’aventurer sur le chemin du compromis.  Le Parti Québécois a accepté de diluer son option souverainiste pour être plus présentable pour ensuite perdre ses élections avec pour conséquence que l’option souverainiste s’est marginalisée.  Lors des prochaines élections, le Parti Québécois devra être encore moins souverainiste s’il veut être plus mainstream.  À l’inverse, les compromis du Parti Conservateur se sont soldés par des victoires électorales ce qui a permis de légitimer l’option conservatrice.  Ceci permettra au parti d’aller encore plus à droite dans les prochaines élections sans pour autant être moins mainstream.

Autre chose, Fred Têtu affirme dans son entrevue que le but d’un parti politique c’est de prendre le pouvoir.  Je pense plutôt que le but d’un parti politique c’est de convaincre la population de la légitimité de ses idées.