Cette semaine, Jean-François Lisée a publié un billet dans lequel il affirme qu’aux États-Unis, même si l’économie est en croissance, le sort de la population ne s’améliore pas pour autant.  Pour cet adepte de la gauche prétendument efficace, l’absence de mécanismes efficaces de partage de la richesse serait responsable de cette situation.

Jean-François Lisée justifie cette affirmation avec un graphique montrant que le revenu des 20% d’Américains les plus pauvres n’a augmenté que de 16% depuis 1979, alors que le revenu des 20% d’Américains les plus riches a augmenté de 95% durant la même période.

Pour m’amuser, j’ai reconstruit son graphique, mais j’ai ajouté le Québec.  Après tout, le Québec devrait faire bonne figure puisque la solidarité c’est notre dada…

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Nous pouvons donc constater qu’effectivement, le revenu des Américains les plus pauvres n’a cru que de 16% alors que du côté des plus riches on voit plutôt une augmentation spectaculaire de 95%.  Normal, j’utilise les mêmes statistiques que Jean-François Lisée.

L’histoire devient réellement intéressante quand on regarde la situation du côté du Québec.  Dans la belle province, le revenu des plus riches a connu une croissance anémique, à peine 10%.  La gourmandise moins grande de ces riches a-t-elle permis aux plus pauvres d’avoir un meilleur sort que leurs homologues Américains ?  La réponse est sans équivoque: non !  Au Québec, le revenu des plus pauvres a augmenté d’à peine 6%.

Autrement dit, aux États-Unis depuis 1979, l’augmentation de revenu des plus pauvres a été presque 3 fois plus grande qu’au Québec !  L’argument de Jean-François Lisée vole donc en éclat puisque ce graphique démontre que ce n’est pas parce que les riches s’enrichissent que les pauvres ne peuvent pas s’enrichir eux aussi.  Si aux États-Unis les inégalités ont plus augmenté qu’au Québec, les pauvres américains ont ce sont mieux tirer d’affaire que les pauvres québécois.  En fait, il semble que le revenu des riches tire celui des plus pauvres vers le haut.

Finalement, le modèle québécois, que l’on vend comme étant le summum de la justice sociale, ne fait pas le poids devant le modèle américain.

Dans son billet, Jean-François Lisée essaye aussi de donner du poids à son argument en comparant la proportion des revenus nationaux des plus riches et des plus pauvres.  Encore une fois cette analyse vole en éclat quand on compare avec le Québec:

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Aux États-Unis, les riches ont augmenté leur part des revenus nationaux et les pauvres ont vu cette part diminuée.  Au Québec, la situation est restée relativement stable.  Mais si l’on retourne voir les chiffres du premier graphique, on réalise néanmoins que c’est aux États-Unis que le revenu des plus pauvres a le plus augmenté.  Autrement dit, contrairement à ce qu’affirme Jean-François Lisée, la proportion des revenus nationaux qui revient aux riches et aux pauvres ne dit absolument rien sur l’évolution de leurs revenus respectifs.

Que peut-on conclure de tout ça ?

  • Ce n’est pas parce que les riches s’enrichissent que les pauvres s’appauvrissent. Au pays de l’oncle Sam, même si les écarts de richesses ont augmenté, les pauvres se sont plus enrichis qu’au Québec même si ici cet écart est resté relativement stable.
  • Cette situation démontre que les mécanismes de partage de la richesse ne sont pas nécessaires pour améliorer le sort des pauvres.  Au contraire, ceux-ci semblent plutôt faire un nivellement par le bas: tout le monde est pauvre également.
  • Si l’on compare la richesse d’un pays à une tarte, ce qui importe pour les pauvres ce n’est pas nécessairement d’avoir une plus grosse part de cette tarte, mais plutôt d’augmenter la taille totale de la tarte.  Autrement dit, 10% de 500$ représente une somme plus importante que 25% de 100$.  Le meilleur moyen pour augmenter la grosseur d’une tarte: la croissance économique !

Sources:
Statistique Canada
Tableau 202-0701

Congressional Budget Office
Average Federal Taxes by Income Group

Pour lire ma critique des autres graphiques utilisés par Jean-François Lisée, suivez le lien.


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C’est net, au cours des derniers mois, et généralement depuis 1990, les profits des entreprises augmentent beaucoup plus rapidement que le GDP, la richesse nationale, (PIB en français). En fait, rapporte la banque, les profits flirtent avec des records vieux de 40 ans. Cela va donc très très bien pour les entreprises.

Et ça ne va pas si mal pour le PIB, qui remonte. Tout irait bien, s’il n’y avait pas… les gens.

Si depuis quelques mois il y a une différence très marquée entre le profit et le PIB, c’est à cause de l’incertitude économique. Les compagnies restent assises sur leurs profits; rien n’est ré-investi parce qu’elles ne savent pas de quoi demain sera fait. Remercions les politiques du président Obama qui sont responsables de cette incertitude.

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On voit que la réduction de la part de la richesse obtenue par les salariés ne date pas de la dernière crise. On note un premier décrochage au début des années 1990, puis un second avec la crise de 2000.

On pourrait superposer à ce graphique celui de la chute du taux de syndicalisation aux États-Unis et on verrait une belle corrélation. L’absence de pouvoir de négociation chez les salariés est l’équivalent d’un programme d’aide au ballonnement des profits.

Il n’y a AUCUNE corrélation avec le taux de syndicalisation. De 1995 à 2000, le taux de syndicalisation n’a pas augmenté et de 2000 à 2010 il est resté à toute fin pratique inchangé.

De plus, la FED a réalisé une étude sur l’interprétation qui doit être faite du “labor shared of corporate value-added”. L’analyse révèle que cet indicateur est peu fiable et qu’il est uniquement corrélé par les cycles économiques.

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Mais cela n’explique pas tout. Il faut voir aussi l’important recul de la redistribution fiscale, par l’État, donc le recul des taux d’imposition sur les profits et sur les plus riches, au cours du siècle.

Point facile à démolir, disons simplement que selon l’OCDE, les États-Unis est le pays avec la fiscalité la plus progressive (la Suède arrive 9e)..

Un extrait de ce rapport:

« After the United States, the distribution of taxation tends to be most progressive in the English-speaking countries – Ireland, Australia, the United Kingdom, New Zealand and Canada – together with Italy, followed by the Netherlands, the Czech Republic and Germany. Taxes tend to be least progressive in the Nordic countries, France and Switzerland. »

Finalement, il n’y avait pas grand-chose de véridique dans le billet de Jean-François Lisée…