Vous ne connaissez pas Simon Jodoin ?  C’est normal, il écrit dans le Voir.

Donc, vendredi dernier, ce Simon Jodoin a décidé de traiter Nathalie Elgrably-Lévy d’inculte et d’incompétente parce que cette dernière a osé dénoncer les subventions au clergé artistique. Et moi qui croyais qu’au Québec on avait séparé la religion et l’État…

M’enfin…

Voici donc quel a été l’argument principal de Simon Jodoin:

Voir
Nathalie Elgrably-Lévy : Inculte ou incompétente?

Un obscur groupe rock de quatre musiciens qui reçoit, par exemple, une bourse de 10 000$ via le Conseil des Arts pour recherche et création va louer un local, acheter des instruments et des accessoires, les entretenir, imprimer des affiches, graver des CD, louer un camion, faire le plein, jouer dans des bars où on vendra de la bière, manger dans un restaurant sur la route, jouer devant des adeptes qui se rendent au spectacle en voiture, en taxi, en transport en commun, prendront le temps de manger au resto avant, ou après, laisseront des pourboires au serveur…

Cet argument de nature keynésien s’écroule quand on demande à son auteur d’où vient le fameux 10 000$ ?

Ce fameux 10 000$ vient de la poche des contribuables. On détrousse donc des contribuables à hauteur de 10 000$ pour ensuite redistribuer cette somme à une petite clique de privilégiés dont le travail serait plus important que celui des plombiers ou des agents d’assurance.  L’argument de Simon Jodoin revient à donc dire que ce 10 000$ va produire de la richesse uniquement s’il est utilisé pour subventionner des artistes.  Ce que Simon Jodoin ne voit pas c’est que si le gouvernement ne vole pas cet argent pour le redistribuer à ses amis, cette somme fera quand même rouler l’économie !  Il pourra être utilisé pour une sortie au restaurant, pour payer une soirée au théâtre, ou encore il sera déposé dans un compte d’épargne où une banque pourra le prêter à un investisseur.

On réalise donc que les subventions à la culture ne créent aucune richesse, elles ne font que prendre de l’argent d’un secteur de l’économie pour le donner à un autre secteur de l’économie qui a la chance d’avoir des entrées au gouvernement ! En d’autres mots, tout ce que font les subventions à la culture c’est de déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Et ce phénomène est observable lorsqu’on analyse les dépenses totales en culture par habitant:

Culture Canada

L’Alberta est la province qui subventionne le moins (236$/habitant), mais où les gens dépensent le plus (963$/habitant).  À l’opposé du spectre, le Québec est la province qui subventionne le plus (371$/habitant), mais où les gens dépensent le moins (716$/habitant).

Remarquez aussi la situation du Nouveau-Brunswick: on subventionne presque deux fois moins qu’au Québec (208$/habitant vs. 371$/habitant), mais les dépenses sont presque identiques (747$/habitant vs. 716$/habitant).

Mais l’élément à retenir dans ce graphique se trouve au niveau des dépenses totales (dépenses/habitant + subventions/habitant).  À peu de choses prêtes, on remarque que ce total est presque identique dans toutes les provinces.  Autrement dit, dans les provinces qui subventionnent beaucoup, puisque le gouvernement taxe pour ensuite subventionner, les gens dépensent moins et le choix des artistes à encourager est fait par des bureaucrates et des politiciens en fonction des intérêts de certains lobbies. Dans les provinces où l’on subventionne peu, l’argent que le gouvernement refuse de voler aux contribuables est quand même dépensé en produits culturels, mais à la différence que les contribuables ont le choix d’acheter des produits qui leur plaisent.. 

Cette différence d’approche est capitale.  En laissant cet argent dans les poches des contribuables, on lui donne une nouvelle liberté.  Au lieu d’avoir un fonctionnaire qui décide de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas, les gens sont désormais libres de donner aux organismes culturels de leur choix.

Une situation que l’on pourrait résumer avec le diagramme suivant:

Liberté Culture

Avec « l’approche liberté », la culture n’est plus la propriété de l’État, mais elle devient celle des individus. Couper les subventions à la culture ce n’est pas être contre les artistes, mais c’est plutôt leur rendre service en favorisant leur enracinement dans les communautés.

Je conclus avec deux citations:

Jean-François Revel

Jean-François Revel, membre des Immortels de l’Académie Française, à propos des subventions à la culture:

Exception ou diversité culturelles sont en Europe et surtout en France, des noms de code désignant les aides et les quotas. Seriner que "les biens culturels ne sont pas de simples marchandises", c’est se vautrer dans la platitude. Qui a jamais prétendu qu’ils le fussent? Mais ils ne sont pas non plus de simples produits du financement de l’État ou alors la peinture soviétique aurait été la plus belle du monde.

Les avocats du protectionnisme et du subventionnisme se contredisent. Ils font tout ce tintamarre, disent-ils, contre l’argent. Et, en même temps, ils plaident que la création est conditionnée par l’argent à condition qu’il s’agisse d’argent public. Or, si le talent a parfois besoin d’aide, l’aide ne fait pas le talent. "Regardez le cinéma italien, nous explique-t-on. Faute d’aides, il a quasiment disparu. Mais dans les années d’après-guerre, la cause de son éclat ne s’appelait pas subvention : elle s’appelait Rossellini et De Sica, Blasetti et Castellani, Visconti et Fellini". C’est également à l’imagination des créateurs et non aux chèques des ministres que le cinéma espagnol doit son essor des années 1980. Et si le cinéma français a reconquis en 2001 la première part du marché dans ses frontières et des succès au dehors, ce n’est pas pour avoir été plus subventionné que naguère, c’est pour avoir produit une poignée de films dont la qualité est perceptible par le public, et pas seulement par les auteurs.

Mario Vargas Llosa

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L’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature en 2010, au sujet du protectionnisme culturel:

« La chose la plus importante que j’ai apprise est que les cultures n’ont pas besoin d’être protégées par les bureaucrates et les forces de police, ou placées derrière des barreaux, ou isolées du reste du monde par des barrières douanières pour survivre et rester vigoureuses. Elles doivent vivre à l’air libre, être exposées aux comparaisons constantes avec d’autres cultures qui les renouvellent et les enrichissent, leur permettant de se développer et de s’adapter au flot constant de la vie. La menace qui pèse sur Flaubert et Debussy ne vient pas des dinosaures de Jurassic Park mais de la bande de petits démagogues et chauvinistes qui parlent de la culture française comme s’il s’agissait d’une momie qui ne peut être retirée de sa chambre parce que l’exposition à l’air frais la ferait se désintégrer. »

Source:
Hill Strategies
Dépenses de consommation au chapitre de la culture en 2008 (publié le le 17 novembre 2010)