Allez savoir pourquoi, quand les médias québécois tentent d’expliquer le mouvement d’opposition au président Obama, la rigueur journalistique fout le camp.  La semaine dernière, Richard Martineau nous a donné une autre preuve de cette psychose en publiant un article truffé de demi-vérités, voire de mensonges, dans lequel les émotions ont pris le dessus sur la raison.

Donc sans plus attendre, voici une démolition contrôlée de l’article de Richard Martineau.

Richard Martineau
La conjuration des imbéciles

On croyait que la montée fulgurante de Sarah Palin, une idiote qui se disait calée en politique internationale parce qu’elle « pouvait voir la Russie de sa fenêtre », sonnait la fin du déclin du Grand Ole Party.

L’idée voulant que Sarah Palin ait déclaré voir la Russie de sa fenêtre est un pur mensonge qui a été créé de toutes pièces par les médias américains (pour ensuite être repris par tous les autres médias).  Cette affirmation tient son origine d’une émission Saturday Night Live dans laquelle Tina Fey, personnifiant Sarah Palin, a déclaré: « I can see Russia from my house ».  Ensuite, comme par magie, cette déclaration tirée d’un sketch humoristique est devenue la propriété de Sarah Palin.  Quand Saturday Night Live devient une source d’information crédible pour les journalistes, on comprend pourquoi ces derniers sont considérés comme des pestiférés.

Voici la véritable déclaration de Sarah Palin, faite sur les ondes d’ABC le 11 septembre 2008:

« We have that very narrow maritime border between the United States, and the 49th state, Alaska, and Russia. They are our next door neighbors.We need to have a good relationship with them.

They’re our next door neighbors and you can actually see Russia from land here in Alaska, from an island in Alaska.

I’m giving you that perspective of how small our world is and how important it is that we work with our allies to keep good relation with all of these countries, especially Russia. We will not repeat a Cold War. We must have good relationship with our allies, pressuring, also, helping us to remind Russia that it’s in their benefit, also, a mutually beneficial relationship for us all to be getting along.

Comme on peut le constater, Sarah Palin n’a jamais dit voir la Russie de sa maison.  Elle a plutôt dit qu’il était possible de voir la Russie à partir d’une île appartenant à l’Alaska, ce qui est rigoureusement vrai: on peut voir la Russie à partir de l’île « Little Diomede » et « St. Lawrence ».

Richard Martineau
La conjuration des imbéciles

Née en 1969, cette militante ultraconservatrice [Christine O’Donnell], qui vient de remporter l’investiture républicaine  pour la prochaine élection sénatoriale dans l’État de Delaware, est considérée par plusieurs Américains comme la nouvelle étoile du Parti Républicain.

Comment le parti d’Andrew Johnson et de Theodore Roosevelt a pu tomber si bas ?

J’imagine que Richard Martineau fait référence au parti républicain quand il parle d’Andrew Johnson et de Theodore Roosevelt.

Premièrement, il faut savoir qu’Andrew Johnson n’a jamais vraiment été un républicain.  Bien qu’il ait été le colistier d’Abraham Lincoln, Andrew Johnson était un démocrate.  Quand il est devenu président, suite à l’assassinat de Lincoln, Andrew Johnson a mis en place des lois pour limiter les libertés civiles des esclaves s’étant émancipés.  Pour terminer, disons simplement qu’Andrew Johnson est considéré par les historiens comme étant le pire président de l’histoire des États-Unis.

Deuxièmement, le cas Theodore Roosevelt.  Si Roosevelt a été un républicain, il faut aussi savoir que c’était progressiste (un des fondateurs du Bull Moose Party) et comme tout bon progressiste, Theodore Roosevelt a été un ardent défenseurs des politiques eugéniques.  Voici ce qu’il a déjà déclaré à propos de cette pratique répugnante:

I wish very much that the wrong people could be prevented entirely from breeding; and when the evil nature of these people is sufficiently flagrant, this should be done.

Criminals should be sterilised and feeble-minded persons forbidden to leave offspring behind them… the emphasis should be laid on getting desirable people to breed.

Somme toute, contrairement à ce qu’affirme Richard Martineau, je ne considère pas qu’Andrew Johnson et Theodore Roosevelt soient des modèles politiques.

Richard Martineau
La conjuration des imbéciles

Car dire que Christine O’Donnell est une endive est une insulte aux légumes.

Non seulement cette jeune femme a-t-elle déjà avoué avoir flirté avec la sorcellerie quand elle était jeune, mais elle milite activement contre la masturbation (« Si mon mari se masturbe, à quoi je sers, moi ? ») et croit que l’évolution est un mythe (« Sinon, pourquoi y a-t-il encore des singes parmi nous s’ils se sont transformés en hommes ? »).

Tout d’abord l’histoire de sorcellerie.  Disons simplement que cette histoire remonte à l’époque où Christine O’Donnell fréquentait l’école secondaire !  La gauche s’est abaissée à fouiller dans le passé d’un politicien quand elle était adolescente… Une chasse aux sorcières dans le sens littéral du terme.

Et pendant que les médias font une montagne avec l’adolescence de Christine O’Donnell, on donne un passe-droit à Barack Obama qui a consommé de la cocaïne lorsqu’il fréquentait l’université, à Robert Byrd qui a été un membre du KKK et à Hillary Clinton qui faisait des séances de spiritisme à la Maison-Blanche quand Bill était président.  Les histoires d’ado de la candidate républicaine sont plutôt banales comparées à ça.

Et si l’on considère que la pratique de la sorcellerie est incompatible avec le métier de politicien, ce sont les politiques keynésiennes que l’on devrait dénoncer et non pas Christine O’Donnell.

Ensuite l’histoire de masturbation qui remonte, soit dit en passant, aux années 90 (je vois mal comment on peut dire que Christine O’Donnell milite activement contre la masturbation).  Encore une fois, je ne vois pas le problème, Christine O’Donnell est libre d’avoir ses opinions sur la sexualité parce qu’elle n’a absolument pas l’intention d’imposer ses opinions aux autres.  S’il est vrai que Christine O’Donnell a des valeurs religieuses bien arrêtées, elle ne considère pas pour autant utiliser son pouvoir pour imposer ces mêmes valeurs à la population.

« I agree with you; it’s personal. When I go to Washington, D.C., the litmus test by which I cast my vote for every piece of legislation that comes across my desk will be whether or not it is constitutional. These questions come from statements I made over 15 years ago. I was in my 20s and very excited and passionate about my new found faith. But I assure you my faith has matured. And when I go to Washington, D.C. it’ll be the Constitution on which I base all of my decisions not my personal beliefs. »

Christine O’Donnell a peut-être des valeurs religieuses bien arrêtées, mais comme elle croit aux vertus d’un petit gouvernement, ce qui importe pour elle ce ne sont pas ses croyances personnelles, mais la Constitution. Autrement dit, pour Christine O’Donnell, l’État n’est pas un outil qui a pour fonction de dire aux gens comment vivre leur vie.

Par opposition, les gauchistes croient qu’un gros gouvernement est préférable. Par conséquent, ils ignorent délibérément la Constitution pour imposer leurs croyances personnelles à la population, qu’on pense par exemple aux programmes de discrimination positive, à la réglementation, à la redistribution de la richesse ou encore à leur guerre contre le fast-food. Bref, pour les gauchistes l’État est un outil qui a pour fonction de dire aux gens comment vivre leur vie.

Bref, je préfère une Jesus freak qui respecte la Constitution à des control freaks qui militent pour un gros gouvernement parce que seulement ces derniers estiment qu’il est légitime de contrôler la vie des gens en imposant leurs croyances.

Et pour terminer, que peut-on penser de sa croyance au créationnisme ? Pas grand chose car encore une fois Christine O’Donnell n’a pas l’intention d’imposer ses croyances aux gens qui, comme moi, croient à la théorie de l’évolution.  Voici ce qu’elle a dit sur les ondes de CNN à propos de l’enseignement du créationnisme dans les écoles:

« It doesn’t have anything to do with what I will do in Congress. … My opinion on that is irrelevant. »

Pour les « créationnistes biologiques », la vie est trop complexe pour être le fruit de principes biologiques simples.  Par conséquent, les « créationnistes biologiques » croient que la vie est le fruit du « design intelligent » d’un Dieu qui a su outrepasser ces principes pour créer notre univers.  Sans ce Dieu, notre univers serait chaos, car sans une planification rigoureuse, l’ordre ne peut émerger des actions non planifiées de la main invisible de l’évolution.

Pour les « créationnistes sociaux », la société est trop complexe pour être le fruit de principes économiques simples.  Par conséquent, les « créationnistes sociaux » croient que la société est le fruit du « design intelligent » des bureaucrates qui ont su outrepasser ces principes pour créer nos communautés.  Sans ces bureaucrates, notre société serait chaos, car sans une planification rigoureuse, l’ordre ne peut émerger des actions non planifiées de la main invisible du marché.

Les « créationnistes biologiques » ne m’inquiètent pas, ils représentent un groupe marginal dont les croyances n’affectent pas ma vie.  Par contre, les « créationnistes sociaux » ne sont pas marginaux, ils ont déjà pris le pouvoir.  Leurs croyances en une bureaucratie capable de « design intelligent » affectent nos vies en nous privant des libertés économiques essentielles à l’épanouissement d’une société.

Les « créationnistes biologiques » n’entravent pas l’évolution des espèces.  Par contre, les « créationnistes sociaux » entravent l’évolution des sociétés.

Richard Martineau
La conjuration des imbéciles

Même le très conservateur David Frum, ex-rédacteur des discours de George W. Bush (« L’axe du mal », c’est lui), est découragé de voir ce qui arrive à son parti !

David Frum serait « très conservateur » ?  Le terme « conservateur » est tellement utilisé à toutes les sauces qu’il ne veut plus rien dire.  David Frum peut-il être considéré comme un conservateur quand on sait qu’il a été membre d’une administration qui a le plus augmenté la taille du gouvernement depuis 40 ans ?

De plus sur le site de David Frum, on reproche à Rand Paul, un candidat du Tea Party, de vouloir réduire la présence militaire américaine aux 4 coins de la planète.

Avant d’être un « conservateur », David Frum est d’abord et avant tout un étatiste et le Tea Party a fait de sa lutte contre l’étatisme son principal cheval de bataille.

Richard Martineau
La conjuration des imbéciles

Entre les membres de la NRA (National Rifle Association) qui affirment sans rire qu’Obama est un communiste, aux cathos extrémistes qui croient durs comme fer que leur Président est un islamiste africain, en passant par les adeptes hystériques des « Tea Parties » qui comparent le gouvernement démocrate actuel à la monarchie britannique du 18e siècle, le Parti Républicain n’est plus que l’ombre de lui-même.

Corrigez-moi si je me trompe, mais nulle part je n’ai vu la NRA affirmer qu’Obama est un communiste, même que la NRA a donné son appui à un nombre record de démocrates en vue des élections » de mi-mandat.

De plus, que ça plaise ou non, il existe une proximité, qui a de quoi rendre inconfortable, entre Obama et le communisme.  Prenons la marche gauchiste du 2 octobre.  Parmi les organisateurs de cette marche, on retrouvait: « Chicago Democratic Socialists of America », » Communist Party USA », « Democratic Socialists of America », « International Socialist Organization » et « Working Families Party ».  Et quelle autre organisation a donné son appui à cette marche ?  « Organizing for America », une organisation politique digérée par Barack Obama.

Ensuite, Richard Martineau laisse entendre qu’une majorité de chrétiens évangéliques pensent qu’Obama est musulman.  Dans la réalité cette proportion est de 29% alors que 42% de ces gens disent ignorer la religion du président.  À titre indicatif, 46% des Afro-américains disent ignorer quelle est la confession religieuse du président.

Pour ce qui est des accusations frivoles formulées par Richard Martineau à l’endroit le Tea Party, elles ne font que refléter son ignorance des enjeux politiques aux États-Unis.  Voici qu’elles sont les motivations politiques du Tea Party:

Richard Martineau
La conjuration des imbéciles

Incapables d’opposer un discours cohérent et logique aux réformes d’Obama, les Républicains ont recours aux insultes, aux mensonges et aux théories du complot.

Dans un texte bourré d’insultes gratuites, Richard Martineau accuse les opposants au président Obama d’avoir recours… aux insultes !  Une chance que le ridicule ne tue pas.

De plus, si Richard Martineau veut dénoncer les insultes, il devrait aussi tourner son attention vers les démocrates qui sont incapables d’opposer un discours cohérent et logique au Tea Party. Voici quelques exemples:

Je pourrais continuer comme ça durant des heures, notamment en répertoriant toutes les fois où la gauche a qualifié les Tea Party de Teabagger.

De plus, ils sont nombreux les républicains à opposer un discours cohérent et logique aux réformes d’Obama, mais encore une fois Richard Martineau ne semble pas être à jour dans ses connaissances.  Qu’on pense par exemple au Pledge to America du GOP, A Roadmap for America’s Future de Paul Ryan ou encore aux émissions du juge Napolitano ou de John Stossel.  Les exemples en ce sens sont très nombreux, le vidéo présenté précédemment en est un.  Mais pour une raison que j’ignore, Richard Martineau ne semble pas être au courant de la démarche intellectuelle qui anime le mouvement d’opposition aux réformes d’Obama.

Richard Martineau
La conjuration des imbéciles

Ajoutez à ce cirque politique une méfiance pour tout ce qui semble un tant soit peu « intellectuel » (la grande époque des Mailer, Updike, Vonnegut et Vidal est bel et bien morte), et vous vous retrouvez avec un pays en déroute totale.

Il y a quelques semaines, Glenn Beck a consacré l’une de ses émissions à l’oeuvre culte The Road to Serfdom de Friedrich Hayek.

Suite à la diffusion de cette émission, la page Wikipedia consacrée à Friedrich Hayek a « planté » à cause du trop grand nombre de visiteurs.

Le livre The Road to Serfdom est devenu le bestseller #1 sur le site d’amazon et il est resté dans le top 10 durant plusieurs semaines.

Sur le moteur de recherche de Google, l’expression qui a fait l’objet du plus grand nombre de recherches a été « The Road to Serfdom ».

Sur iTunes, la version audio de The Road to Serfdom est devenue le 2e MP3 le plus téléchargé.

Il n’y a pas de méfiance envers les intellectuels, il y a une méfiance envers les intellectuels de gauche, c’est très différent.