Jean-François Lisée, un habitué de cette chronique, est un homme en colère.  Il n’a toujours pas digéré l’article du Maclean’s à propos du phénomène de corruption endémique au Québec.  Malheureusement pour Jean-François Lisée, la colère est mauvaise conseillère…  Everyone is entitled to his own opinion, but not his own facts ! Explorons donc les erreurs factuelles dans le texte de Jean-François Lisée, qui se voulait une réponse au Maclean’s.

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Bonhomme strikes back / La réplique

Let’s deal with the voodoo economics first. According to Maclean’s, the bigger the size of government in the economy, the badder, and the sleazier. Quebec being the most left-of-centre government on the continent it should, of course, be the most corrupt. Am I allowed to use comparative figures in this rebuttal? Transparency International tracks corruption in the world. People are asked if they had to pay a bribe or if they feel that private companies have to. The last report, like the previous ones, does show correlation between size of government and graft: reverse correlation. European governments and the greatest spenders, Scandinavian governments, are deemed significantly cleaner than North American governments, who leave more of the economy to the private sector.

N’en déplaise à Jean-François Lisée, le lien entre la corruption et la taille de l’État est un fait et pas simplement du voodoo economics.  Mais avant d’aller plus loin, je tiens à souligner l’extraordinaire malhonnêteté intellectuelle de l’ancien conseiller de Lucien Bouchard.  Selon Jean-Francois Lisée, le classement de Transparency International montre qu’il y a une corrélation inverse entre la taille de l’État et la corruption.  Mais pour arriver à cette conclusion, Jean-François Lisée a décidé de prendre les pays qui prouvaient son point de vue et d’ignorer les autres.  Autrement dit, il a fait du cherry-picking dans la liste de Transparency International et il OSE appeler ça une corrélation.

Quand on analyse la totalité des pays présents dans le classement de Transparency International, voici ce qu’on obtient:

Corruption
Un « groupe cinquième » correspond à une tranche de 20% de l’échantillon: le premier groupe représente les 20% de pays les plus interventionnistes et le cinquième groupe représente les 20% de pays les moins interventionnistes.

Explication de Dan Mitchell:

Dans une société, plus un gouvernement distribue de permis et d’autorisations, plus les gens auront un incitatif à recourir aux pots-de-vin pour obtenir un permis ou une autorisation.

Dans une société, plus un gouvernement distribue de contrats, plus les gens auront un incitatif à recourir aux pots-de-vin pour obtenir un contrat.

Dans une société, plus un gouvernement distribue de subventions, plus les gens auront un incitatif à recourir aux pots-de-vin pour obtenir une subvention.

Dans une société, plus l’État est gros et omniprésent, plus il y a de possibilités de corruption.

Pour ceux qui veulent d’autres preuves, voici un aperçu de la littérature qui démontre le lien entre la corruption et la taille du gouvernement:

Regarding the primary focus of the paper, our results show that government size, in particular spending by state governments, does indeed have a strong positive influence on corruption. […]

Several other interesting results emerge from our analysis. Given the positive relationship between corruption and the size of state-local governments and a negative relationship between government salaries and corruption, it turns out that policy makers looking to reduce corruption by cutting government spending should be reducing expenditures other than those on employee salaries. Further, it appears from our analysis that corruption increases in periods of economic downturns.

Source: Corruption and government size: A disaggregated analysis (Public Choice Volume 97, Numbers 1-2) H/T: Vincent Geloso

Using a well-known index of corruption, this paper examines the determinants of corruption for a large sample of countries. Specifically, we are interested in determining whether greater economic freedom or greater political freedom contributes more to corruption abatement. The previous literature has studied some related aspects, but the present study is unique in using broad-consistent indices for economic and political freedom. Our results show that greater economic freedom, rather than greater political freedom, seems to be a more effective deterrent to corrupt activities. […]

Our findings can have useful implications for public policy. In the context of internal policy, while both greater economic freedom and greater political freedom contribute to corruption reduction, there are relatively greater benefits in terms of less corruption when economic controls are relaxed.

Source: Economic Freedom Versus Political Freedom: Cross-Country Influences On Corruption (Australian Economic Papers  Volume 44, Issue 2)

Le prochain extrait de l’article de Lisée laisse planer de grand doute sur son niveau de connaissance de la politique américaine…

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Haliburton, anyone ? (A contender in my “best quote ever” file is from David Frum’s recent report on a major Republican consultant commenting on the last small-government Republican administration: “I thought we would get more done before becoming completely corrupt!”)

Vous avez bien lu, selon Jean-François Lisée, le Directeur exécutif du CÉRIUM, l’Administration Bush a réduit la taille du gouvernement !!! Dans la réalité, George Bush a présidé l’une des plus fortes augmentations de la taille du gouvernement en plus de 40 ans:

Bush Socialist

Sous le règne de W. Bush, les dépenses du gouvernement ont augmenté de 30%, seule l’Administration Kennedy/Johnson a fait pire avec une augmentation de 51%.  À titre indicatif, sous Bill Clinton, les dépenses du gouvernement ont augmenté de seulement 13%.

De plus, Bill Clinton a réduit les dépenses sociales du gouvernement de 15,3% à 14,5% du PIB.  Selon les chiffres les plus récents, George Bush a augmenté les dépenses sociales du gouvernement de 14,5% à 15,9% du PIB.

Pour terminer, voici donc comment ont évolué les sommes consacrées à la régulation de l’économie (gardez en tête que l’on accuse Bush d’avoir réduit l’intervention de l’État dans l’économie, provoquant ainsi la crise actuelle):

Mercatus Center

Voici l’évolution des dépenses de réglementation de l’économie en fonction des présidences:

Mercatus Center

Depuis le milieu des années 80, les budgets consacrés aux agences de réglementation de l’économie ont constamment augmenté, notamment avec Bush Jr. On ne peut donc pas accuser le dernier président républicain d’avoir travaillé pour réduire la taille du gouvernement.

Bref, je me serais attendu à ce que le Directeur exécutif du CÉRIUM sache que Bush a toujours milité en faveur d’un gros gouvernement.  C’est plutôt basic comme chose à savoir quand on se spécialise dans la politique internationale.

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Then there is the “booty” paradigm. Here Quebec’s incessant requests combine with Canada’s victimization as the benevolent provider faced with ingrates. […]

The “bidding war” tenet is now entrenched into the Canadian psyche. It will stay there, I am sure. But let me explain why it is wrong. Equalisation: yes, Quebec gets more in the aggregate—and less per person—than any other province. But newsflash: for decades we told Ottawa that we would rather have jobs than dole. And we tired of explaining that if the federal investment in the economy (capital, purchases, research, grants) were distributed in proportion to the population, Quebec would instantaneously knock off one point of unemployment off the chart, more so over the years, and get less equalisation.

Take energy, for instance. According to Stéphane Dion’s count, the federal purse sank $40 billion into Alberta’s tar sands industry. Fourteen of these billions came from Quebec. Add in the billions for Ontario’s CANDUs and Newfoundland’s sweet deal on Hibernia and you get quite a tab, a quarter of which was paid by the booty-hunters. Now let’s compare that with federal investment in Quebec’s hydro-power in the last, say, hundred years. The answer is zilch. (But we got Mirabel. Don’t get me started.)

Encore une fois, Jean-François Lisée fait du cherry-picking.  Quand on observe la situation dans son ensemble, voici la différence, par habitant, entre les recettes et les dépenses du gouvernement fédéral au Québec et dans le reste du Canada:

Dépendance

Depuis 1997 (dernière année disponible dans les statistiques), sauf en 2000, le Québec a toujours eu un solde positif avec le fédéral c.-à-d. le Québec a toujours plus reçu qu’il a donné.  Dans le reste du Canada, plus souvent qu’autrement, ce solde a été négatif.  De plus, à tous les ans depuis 1997, la différence entre les recettes et les dépenses du fédéral a toujours été à l’avantage du Québec par rapport au reste du Canada.

De 1997 à 2007, chaque Canadien dans le reste du Canada a envoyé au fédéral 4 211$, pour une famille de 4 personnes (2 adultes, 2 enfants) cela représente -16 844$.

De 1997 à 2007, chaque Québécois a reçu au fédéral 4 906$, pour une famille de 4 personnes (2 adultes, 2 enfants) cela représente +19 624$.

N’en déplaise à Jean-François Lisée, le reste du Canada fait vivre le Québec, ce n’est pas le Québec qui fait vivre le reste du Canada.

Ensuite, Lisée trouve le moyen de chialer contre les Albertains malgré les millions de dollars que cette province envoie au Québec:

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There is an impact on Quebec. Call it blowback. According to a recent university study (not from a Quebec university), the loonie’s overvaluation, driven by oil gushing from Alberta and Newfoudland, has destroyed 55,000 jobs in Quebec manufacturing in just five years. A sign of things to come. But, not to worry, equalization growth has been capped for the future, so future oil damage to Quebec (and Ontario’s) manufacturing base will hardly be offset anymore.

L’interprétation de cette étude par Jean-François Lisée a été ridiculisée par René Vézina, un chroniqueur économique qu’on ne peut pas accuser de pencher à droite.  Dans sa réponse, René Vézina accuse carrément Jean-François Lisée d’avoir joué sur les faits.

Pour démontrer à quel point l’affirmation de Jean-François Lisée est boiteuse, comparons le secteur manufacturier québécois à celui de l’Alberta.  S’il est vrai que depuis 1997, l’industrie manufacturière québécoise a connu un déclin de 4,7%, durant la même période l’industrie manufacturière albertaine a crû de 28,7% !  Ce n’est pas l’exploitation des sables bitumineux qui afflige l’industrie manufacturière québécoise, mais c’est plutôt le modèle socialo-syndicaliste qui sclérose les entreprises manufacturières.

Pour terminer, la cerise sur le sunday:

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But we’ve still got the dole, right? Consider this: In the same period, Ottawa moved to rein-in the financial flow to Quebec, over and above the severe across-the-board cuts in health, education and welfare funding.

Un indépendantiste qui exige que le fédéral dépense de l’argent dans des domaines de compétence provinciale…  Peut-on trouver plus incohérent comme discours ?  C’est le genre de discours qui serait cohérent pour un enfant trop gâté par contre.