Ne craignant pas le ridicule, Jean-François Lisée a eu le « courage » de publier un texte qui défend un principe économique qui a depuis longtemps été discrédité, à savoir que si une personne s’enrichit c’est parce qu’elle a appauvri quelqu’un d’autre.

Dire qu’il y a encore des gens pour penser que l’économie est un “zero-sum game”. Incroyable…  C’est comme si une personne affirmait que la création de Microsoft ou de Bombardier a appauvri la population parce que ces 2 entreprises sont devenues des multinationales très prospères; assez ridicule comme raisonnement.

L’obsession maladive de la gauche pour les écarts de richesse est légendaire, rien ne les horripile plus que de voir la richesse se concentrer chez les plus riches.  Selon eux, cette situation est responsable de tous les maux de la planète.  Pourtant, quand on laisse de côté la démagogie, on se rend compte que ces fameux écarts de richesses ne veulent rien dire.  Prenons d’abord le cas de la Chine, voici comment ont évolué la pauvreté et les écarts de richesses en Chine depuis le début des années 80:

Chine
Le coefficient de GINI est une mesure des écarts de richesses. Ce coefficient est un nombre variant de 0 à 100, plus on se rapproche de 100, plus la société est inégalitaire.

De 1981 à 2005, la pauvreté est passée de 84,0% à 15,9%, soit une baisse spectaculaire de 81%. Par contre, durant la même période, les écarts de richesses se sont accentués, l’indice GINI passant de 29,1 à 41,5.

Si l’on demandait à un gauchiste de choisir entre la « Chine de 1981 » et la « Chine de 2005 », il porterait probablement son choix sur la « Chine de 1981 ». Ce qui prime pour les gauchistes c’est l’égalité, même si cela implique une égalité dans la misère…

Si l’on demandait à un capitaliste (où à un Chinois) de choisir entre la « Chine de 1981 » et la « Chine de 2005 », il porterait probablement son choix sur la « Chine de 2005 ». Qu’importe si la société est moins égalitaire, ce qui prime pour les capitalistes (et les Chinois) c’est la réduction du taux de pauvreté.

On peut observer la même chose aux États-Unis. En 1968, le revenu médian des Américains les plus riches était 4,33 fois supérieur au revenu médian des Américains les plus pauvres. En 2004, ce ratio est passé à 5,58 ce qui représente une augmentation de 28,9%.

Par contre, en 1968, le revenu médian (ajusté à l’inflation) des plus pauvres était de 23 100$. En 2004, ce revenu (toujours ajusté à l’inflation) se chiffrait à 27 200$, soit une progression de 17,7%.

Dites-moi, si vous étiez un pauvre à quelle époque préféreriez-vous vivre ? En 1968, les écarts de richesse sont moins marqués, mais votre revenu n’est que 23 100$. En 2004, les écarts de richesse se sont accrus, mais votre revenu est maintenant de 27 200$.

Selon les socialistes les écarts de richesse mettent en péril les fondements de la société. Encore une fois, l’exemple américain montre à quel point cette affirmation est fausse.

Voici un graphique montrant la proportion d’enfants qui, dans chaque classe de revenu, ont eu un revenu supérieur à leurs parents (au même âge).

Vive le capitalisme
N.B. Un « groupe cinquième » correspond à une tranche de 20% de l’échantillon: le premier groupe représente les 20% de pays les plus riches et le cinquième groupe représente les 20% de pays les plus pauvres.

Seulement 43% des enfants élevés dans les ménages les plus riches (le 1er groupe cinquième) ont un salaire supérieur à leurs parents à 36 ans.

Par contre, 82% des enfants élevés dans les ménages les plus pauvres (le 5e groupe cinquième) ont un salaire supérieur à leurs parents à 36 ans.

Les écarts de richesse peuvent bien augmenter, il n’en reste pas moins que la progression du niveau de vie est plus marquée chez les pauvres que chez les riches.

Cette évidence est aussi confirmée par la situation qui prévaut entre les États-Unis et Cuba. Durant les années 80, Cuba était l’un des endroits sur la planète avec le plus faible écart entre les riches et les pauvres (un coefficient de GINI avoisinant 0,2).  Pour la même période, les inégalités aux États-Unis étaient beaucoup plus prononcées (coefficient de GINI avoisinant 0,4).

Pourtant, les gens n’immigraient pas des États-Unis vers Cuba, mais de Cuba vers les États-Unis !  Comme quoi l’inégalité dans la richesse est préférable à l’égalité dans la misère !

Jean-François Lisée fait aussi l’apologie du New Deal parce que durant cette période les écarts de richesses ont diminué.  Les écarts ont peut-être diminué, mais la période de récession (i.e. de misère) a été prolongée de 7 longues années !

D’ailleurs, voici comment les écarts de richesses ont évolué depuis 1913:

Récession

Depuis 1913, la concentration du capital aux États-Unis a beaucoup fluctué, mais il y a une constante: à presque toutes les récessions, la proportion de la richesse entre les mains des plus fortunées a diminué.

Si une récession signifie une répartition plus équitable de la richesse, qui ici peut dire que ces mêmes récessions entraînent une augmentation du niveau de vie des plus pauvres ? C’est plutôt le contraire qui prévaut, qui ici serait assez bête pour prétendre que les récessions seraient bénéfiques pour les pauvres ?

Il semble bien que l’accroissement relatif des écarts de richesse soit préférable à leur réduction. Il faut savoir que le niveau de vie des pauvres peut augmenter même si l’écart entre les riches et les pauvres s’accroît. Si les riches voient leurs revenus passés de 200 000 à 300 000 dollars et si, au même moment, le revenu annuel des pauvres progresse de 15 000 à 20 000 dollars, l’écart entre les deux groupes aura grandi. Il était de 185 000 dollars (13,3 fois), il est désormais de 280 000 dollars (15,0 fois). Mais le niveau de vie des pauvres ne s’en est pas moins amélioré, ce qui est fort appréciable pour eux.

Encore une fois, on se rend compte qu’il est préférable de vivre inéquitablement dans la richesse que de vivre équitablement dans la pauvreté.

Cette situation n’est pas unique aux États-Unis, voici comment se compare le Québec à l’Ontario et l’Alberta.

Pour le Québec:

Économie Québec

La situation au Québec est effectivement peu reluisante. De 1976 à 2007, le revenu des pauvres est resté inchangé à 12 700$. Du côté des riches, la situation n’est guère mieux: le revenu est passé de 97 000$ à 103 200$. L’écart entre les riches et les pauvres est donc resté relativement stable, il était de 85 200$ en 1976 et de 90 500$ en 2007.

En Ontario, on a fait beaucoup mieux:

Économie Ontario

En 1976, les pauvres avaient un revenu moyen de 12 700$ (comme au Québec), en 2007 ce montant est passé à 14 800$. Chez les riches, les gains ont aussi été importants, les revenus sont passés de 106 100$ à 137 900$. L’écart entre les riches et les pauvres était de 93 400$ en 1976 et de 123 100$ en 2007.

En Alberta, la situation est spectaculaire:

Économie Alberta

En 1976, les pauvres avaient un revenu moyen de 11 900$ (c’était moins qu’au Québec), en 2007 ce montant est passé à 17 100$. Chez les riches les gains ont aussi été substantiels, les revenus sont passés de 110 400$ à 152 700$. L’écart entre les riches et les pauvres était de 98 500$ en 1976 et de 135 600$ en 2007.

Voici un résumé de la situation:

Vive le capitalisme !

C’est au Québec que l’écart entre les riches et les pauvres c’est le moins accru et c’est aussi au Québec que la situation des pauvres c’est le moins améliorée. La situation en Alberta est pour le moins intéressante. C’est dans cette province que les écarts de richesses ont le plus augmenté, mais c’est aussi dans cette province que les pauvres ce sont le plus enrichis. En fait, l’augmentation du revenu des pauvres a été supérieure à l’augmentation du revenu des riches (43,7% vs. 38,3%). Rappelons qu’en 1976, les pauvres Albertains gagnaient 800$ de moins que les pauvres Québécois.

Conclusion, quand on dénonce les écarts grandissants de richesse, on s’alarme pour pas grand-chose. Si le revenu des pauvres au Québec a stagné depuis 30 ans, ce n’est pas à cause de l’augmentation des écarts de richesses; les exemples ontarien et albertain démontrent clairement que l’augmentation des écarts de richesse ne signifie pas un appauvrissement des pauvres puisque dans ces 2 provinces leur situation s’est améliorée.

Vous savez quelle est la différence entre un socialiste et un capitaliste ?

Le socialiste, à la vue d’un homme riche habitant plusieurs maisons luxueuses se dit: « Aucun homme ne devrait posséder autant de richesse ».

Le capitaliste, à la vue d’un homme riche habitant plusieurs maisons luxueuses se dit: “Tous les hommes devraient posséder autant de richesse”.

Si Jean-François Lisée pense que chaque dollar gagné par une personne retire un dollar à une autre personne, alors je l’invite à faire sa part pour combattre la pauvreté en quittant son emploi…

En prime, un petit bonus…

Dans son article, Jean-François Lisée cite George Bernard Shaw, une icône du mouvement socialiste/progressiste.

Par contre, saviez-vous que George Bernard Shaw était aussi un partisan de l’eugénisme ?  La chose ne devrait pas vous surprendre puisque l’eugénisme a été créé par les mouvements progressistes (ici & ici).

Voici donc ce que le « bon » George Bernard Shaw avait à dire au début du 20e siècle devant la “Eugenics Education Society”:

George Bernard Shaw: “You must all know half a dozen people at least who are no use in this world, who are more trouble than they are worth. Just put them there and say Sir, or Madam, now will you be kind enough to justify your existence? If you can’t justify your existence, if you’re not pulling your weight in the social boat, if you’re not producing as much as you consume or perhaps a little more, then, clearly, we cannot use the organizations of our society for the purpose of keeping you alive, because your life does not benefit us and it can’t be of very much use to yourself.”

Et après ça on ose dire que les libertariens sont des sans coeur…