Les médias québécois ont beaucoup parlé de l'élection de Benjamin Netanyahou et de sa coalition avec Avigdor Lieberman.  Comme c'est maintenant la tradition chaque fois qu'il est question d'Israël, nos journalistes ont été plus soucieux de nous faire part de leurs opinions que d'informer.  Voici donc ce que les médias québécois n'ont pas voulu nous dire sur le nouveau gouvernement israélien.

Comité Québec Israël
Le nouveau gouvernement israélien

IsraëlD’anciens premiers ministres du Likoud ont été critiqués au début de leur mandat et jugés « à droite » ou « intransigeants », avant de faire la preuve du contraire. À l’heure où la coalition du premier ministre Benjamin Netanyahou arrive au pouvoir, il revient aux Canadiens de juger le nouveau gouvernement israélien comme n’importe quel autre : en fonction de sa politique et de ses actions, et non sous l’influence de spéculations prématurées ou du tapage médiatique de l’heure.

Le climat politique en Israël

L’électorat israélien est de plus en plus sceptique et échaudé quant à la possibilité de conclure un accord de paix durable et global. Nombreux sont ceux qui estiment que les Palestiniens ne sont pas actuellement en mesure de parvenir à un compromis historique avec Israël :

* Les Accords de Wye Plantation de 1998 et la « Feuille de route axée sur les résultats » du Quartette diplomatique en 2002 exigent comme une condition de la progression du processus de paix la mise en œuvre de réformes sécuritaires par l’Autorité palestinienne (AP), condition qui n’est toujours pas remplie à ce jour.

* Au lieu de mener à la paix et la sécurité, les retraits israéliens unilatéraux du Sud Liban (2000) et de Gaza (2005) ont entraîné des agressions et des attaques en provenance de ces régions.

* L’accord de principe d’Annapolis destiné à relancer les négociations sur un règlement final n’a pas abouti, en dépit de la disposition sans précédent du gouvernement Olmert à négocier la plupart des exigences des Palestiniens.

L’histoire prouve que les dirigeants issus de la droite de l’échiquier politique israélien se sont montrés particulièrement aptes à la négociation de compromis :

* Menahem Begin a démantelé les colonies juives de peuplement et cédé la vaste péninsule du Sinaï en échange de la paix avec l’Égypte en 1979.

* Yitzhak Shamir a participé à la Conférence de Madrid de 1991, qui a lancé le processus de paix israélo-arabe.

* Ariel Sharon a mené à terme le retrait unilatéral et global de Gaza en 2005, forçant des milliers de civils israéliens à quitter leurs foyers.

* Ehoud Olmert s’est engagé dans le processus d’Annapolis et a proposé un plan d’envergure prévoyant entre autres le retrait de la majorité de la Cisjordanie et de Jérusalem Est.

Benjamin Netanyahou

Malgré les préoccupations quant à son opposition au processus d’Annapolis (qui n’a jamais été entériné par la Knesset ou confirmé par le conseil des ministres et n’engage donc pas le nouveau gourvernement), Benjamin Netanyahou a fait ses preuves dans l’avancement de processus diplomatiques importants avec les voisins d’Israël, et a démontré sa disposition a prendre des risques calculés pour parvenir à la paix :

* Netanyahou a négocié avec succès l’Accord de Hébron de janvier 1997 qui a placé 80% de la ville sous contrôle palestinien.

* Netanyahou a négocié avec succès le Mémorandum de Wye River d’octobre 1998, un accord prévoyant des compromis territoriaux visant à sortir de l’impasse du processus de paix afin de se concentrer sur les enjeux à long terme d’un règlement final du conflit.

* Netanyahou a mené des négociations secrètes en vue d’un accord de paix avec la Syrie. D’après de nombreux témoignages, il était prêt à céder une grande partie, voire la totalité, du Golan.

Netanyahou a signalé son intention de faire progresser le processus de paix en rajustant le cheminement diplomatique en fonction d’une perception plus réaliste des conditions actuelles :

* Netanyahou propose d’entreprendre des « projets à impact rapide » pour améliorer la situation économique des Palestiniens en Cisjordanie, tout en menant des négociations politiques parallèles dans la poursuite de ce qu’il désigne comme une « paix économique ».

* Netanyahou cherchera à se concentrer sur des « objectifs à moyen terme réalistes », comme l’amélioration de la qualité de vie des Palestiniens et le renforcement des institutions de l’AP, en vue de faciliter la mise en œuvre des réformes sécuritaires exigées dans la « Feuille de route axée sur les résultats ».

* Netanyahou a déclaré que « conjuguer les pourparlers politiques à un développement économique rapide était la meilleure façon de créer de nouvelles conditions pour l’AP ». Les changements concrets sur le terrain « valent mieux que mille conférences de paix ».

Avigdor Lieberman

Lieberman a mené une campagne emphatique et controversée en tant que chef du parti « Yisrael Beiteinu » (Israël notre maison). De l’avis de nombreux observateurs, ce discours politique était de tendance extrémiste :

* Lieberman s’est ouvertement fait le champion d’une initiative destinée à bannir les principaux partis politiques arabes de la Knesset.

* Lieberman milite également en faveur d’une redistribution territoriale fondée sur la démographie, en vertu de laquelle les territoires israéliens à forte population arabe seraient cédés à l’AP en échange de certaines colonies juives de peuplement en Cisjordanie.

Mais dans le détail, la plateforme politique de Lieberman comprenait bien d’autres mesures que celles visant les citoyens arabes d’Israël :

* Lieberman approuve la formation d’un État palestinien indépendant et a exprimé son soutien à la partition de Jérusalem en vue d’un accord de paix final menant à la coexistence de deux États.

* La déclaration de loyauté vise non seulement les citoyens arabes mais aussi les Juifs exemptés de service militaire, en particulier les ultra-orthodoxes.

* Lieberman est le seul politicien israélien à défendre ouvertement l’introduction de l’union civile parallèlement au mariage religieux, et à faire appel à des réformes dans le processus de conversion au judaïsme.

Comme prévu, le processus de formation d’un gouvernement de coalition a obligé Lieberman à tempérer son discours et à adopter une approche plus pragmatique. Il est fort peu probable que la politique du nouveau gouvernement tienne compte des prises de position les plus extrêmes de Lieberman.

* Yisrael Beiteinu a abandonné sa proposition de « serment de loyauté » pour intégrer le gouvernement de coalition de Netanyahou et cette mesure ne fera pas l’objet d’une politique officielle.

* Au cours des négociations de coalition, Lieberman s’est montré particulièrement catégorique à propos des questions d’identité nationale et de droits civiques, tels que l’union civile et la conversion.

* Conditionnelle à la poursuite du processus de paix, la participation du Parti travailliste à la coalition contribuera à modérer le programme du gouvernement, en particulier à l’égard des Palestiniens.

* Le passé politique de Lieberman indique qu’il se montre remarquablement plus enclin à coopérer lorsqu’il participe au gouvernement que lorsqu’il milite dans l’opposition.