Al Gore

"Le monde ne se rend pas compte qu'Hubert Reeves a, depuis longtemps, quitté l'univers rationnel de la science pour entrer dans celui de la nouvelle religion contemporaine, un mélange de culte de la Nature et de haine de l'humanité, le tout à saveur apocalyptique."

Le Quotidien
Méfions-nous des gourous, d'où qu'ils viennent…
Par Jacques Brassard (mercredi, 25 mars 2009, p. 11)

Hubert Reeves est devenu l'icône emblématique de la nouvelle religion écolo. Le Readers Digest l'a consacré, l'an dernier, Conscience planétaire par excellence. Récemment, la revue québécoise Bel Âge en a fait le Premier sauveur de la planète.

Depuis qu'il a pris sa retraite comme astrophysicien, Hubert Reeves a revêtu la soutane du gourou écolo, c'est-à-dire un maître spirituel dont les sermons et les prophéties sont accueillis par ses disciples et le commun des mortels comme " paroles d'évangile". Hubert Reeves annonce la Sixième extinction de la vie sur Terre et ce serait l'humanité la responsable. Réjouissante apocalypse!

Évidemment, il est également convaincu que l'être humain est la cause principale du réchauffement de la Terre, rejoignant ainsi des gourous célèbres, tels Al Gore (prédicateur catastrophiste par excellence) et d'autres plus locaux, comme Jean Lemire, le Navigateur, et Steeven Guilbault, le Curé.

Messianisme

Vous aurez sûrement compris que je suis réfractaire aux gourous. De toutes catégories. Aussi bien Obama (quoiqu'il soit en train de devenir très vite un être humain!) qu'Al Gore ou Hubert Reeves. L'idolâtrie, dans n'importe quel domaine, je trouve ça malsain et pernicieux. Je suis imperméable pour ne pas dire carrément hostile à toute forme de messianisme. S'assujettir à un gourou, c'est se délester des plus beaux attributs de la personne humaine: la liberté de penser et le sens critique. Alors, même si, en tant que gourou, Hubert Reeves est objet d'une vénération quasi universelle, même si son image de grand-père sympathique inspire une espèce de dévotion, même si ses oracles sont reçus comme des vérités sacrées, je demeure totalement insensible à ses projections alarmistes. Bref, je suis un infâme mécréant et un sceptique indéfectible!

Hubert Reeves a pourtant déclaré à la revue Bel Âge que les "gens n'ont plus de sens critique" Il dit: "On n'apprend plus aux enfants à douter de tout et les crédules abondent". Surprenante déclaration! Surtout de la part d'un "guide spirituel" qui, justement, mobilise et catéchise les crédules. Et qui provoque, chez ses disciples, la mise entre parenthèses de tout sens critique.

Une petite anecdote illustre bien le versement de ce scientifique à la retraite dans le religieux. Il croise, dans les studios d'Europe 1, Laurent Cabrol, qui vient de publier un livre au titre évocateur: "Et si la Terre s'en sortait toute seule?". M. Cabrol remet en cause l'origine humaine du réchauffement récent. M. Reeves n'a pas lu le livre. Mais, il apostrophe l'auteur: "Vous démobilisez les gens et vous êtes irresponsable!". Et il tourne les talons. Du temps qu'il était un scientifique en exercice, M. Reeves aurait certainement tenu une discussion rationnelle avec M. Cabrol. Mais, depuis qu'il est devenu un gourou, il ne discute plus, il excommunie!

Articles de foi

Le credo du gourou Reeves repose sur deux colonnes: une catastrophe climatique, dont l'homme est le coupable; et une sixième extinction de la vie sur Terre, dont l'homme serait aussi le responsable. Ce sont là, à n'en pas douter, des articles de foi. Pas des assertions scientifiquement fondées. Cette prophétie apocalyptique de la Sixième Extinction me fait penser au "Retour de l'Imam caché" chez les musulmans chiites: c'est un mythe qui n'a rien de scientifique.

Il y a, bien sûr, de nos jours, des espèces menacées qu'il convient de protéger. Par contre, prétendre que des milliers d'espèces disparaissent chaque année, sans la moindre preuve, c'est un prêche. Maître Reeves prétend, par exemple, que les "requins et les baleines sont aujourd'hui en voie de disparition et que les ours polaires sont menacés". Affirmations purement gratuites ne reposant sur aucun fait observable.

Selon Eugène Lapointe, auteur de "Panorama des ressources sauvages de la Terre" la "baleine franche et la baleine bleue sont les deux seuls grands cétacés qui méritent le statut d'espèces menacées. Les grands cétacés, écrit-il, ont été sauvés par l'avènement de l'électricité et des produits pétroliers".

Évidemment, reconnaître, de la part d'un gourou anti-pétrole, comme Hubert Reeves, que c'est grâce aux progrès technologiques et aux hydrocarbures que l'on a pu se passer de l'huile de baleine (et donc, assurer ainsi la survie des cétacés), c'est proprement insoutenable et impossible.

Idolâtrie

Je sais bien que je commets un crime de lèse-gourou (comme le crime de lèse-majesté d'autrefois) en ayant l'impudence de ne pas me joindre à la foule des adulateurs du patriarche Reeves. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas souffrir les gourous. D'où qu'ils viennent. Et quel que soit le créneau de leur apostolat.

L'idolâtrie me répugne. Et le monde ne se rend pas compte qu'Hubert Reeves a, depuis longtemps, quitté l'univers rationnel de la science pour entrer dans celui de la nouvelle religion contemporaine, un mélange de culte de la Nature et de haine de l'humanité, le tout à saveur apocalyptique.