« Faut-il maîtriser la langue du Coran pour saisir la signification d’hommes cagoulés brandissant le drapeau du Hezbollah aux côtés de bannières syndicales ? »

Comité Québec-Israël
Des débordements haineux
Par Luciano G. Del Negro (Directeur général)

La chroniqueuse de La Presse, Rima Elkouri, accusait le 18 janvier dernier le Comité Québec-Israël de « terrorisme intellectuel » pour avoir dénoncé les slogans haineux scandés lors de la manifestation anti-Israël du 10 janvier 2009 organisée par une coalition comprenant des syndicats, des ONG et Québec Solidaire. La Presse publie aujourd’hui notre réplique abrégée. Ce qui suit est la version intégrale de notre réplique. Une précision : contrairement à la réaction stéréotypée de Mme Elkouri à notre réplique, le directeur général du Comité Québec-Israël n’est pas juif.

Le Comité Québec-Israël (CQI) a exposé la semaine dernière les nombreuses expressions antisémites et d’allégeance à des organisations terroristes vociférées lors des manifestations anti-Israël qui ont eu lieu à Montréal depuis le 27 décembre dernier, y compris la manifestation du 10 janvier dernier organisée par la Coalition pour la justice et la paix en Palestine (CJPP), qui regroupe des syndicats, des ONG, Québec Solidaire et des associations islamistes.

Ceci nous a valu d’être assignés au banc des accusés pour « terrorisme intellectuel » et « rhétorique guerrière » par la chroniqueuse de La Presse, Madame Rima Elkouri (18 janvier 2009). Si Madame Elkouri juge ces « écarts de conduite », comme nous, « indignes de Montréal », elle se méprend lorsqu’elle avance que les lacunes linguistiques des organisateurs les absolvent de toute responsabilité pour la transformation du centre-ville de Montréal en banlieue du Hamastan.

Ce serait, certes, faire preuve de mauvaise foi que d’attendre de la présidente de la CSN, Madame Claudette Carbonneau, qu’elle comprenne les slogans scandés en arabe faisant l’apologie des martyrs pour la cause du djihad ou prêtant allégeance au Hezbollah. Ou les appels au sacrifice de « notre sang et notre âme pour la mosquée d’al Aqsa », les invocations pour le retour de l’armée de Mahomet et l’éradication des Juifs, ou ces jeunes hommes brûlant et piétinant des drapeaux d’Israël tout en scandant « Les Juifs sont nos chiens ! ».

Mais faut-il que Madame Carbonneau et ses camarades maîtrisent la langue du Coran pour saisir toutes les nuances des « Intifada ! Intifada ! » scandés sous leurs yeux par des « manifestants » agitant des portraits de dirigeants du Hamas et du Hezbollah ou la signification d’hommes cagoulés brandissant le drapeau du Hezbollah aux côtés de bannières syndicales ?

C’est en français que Madame Lorraine Guay, membre de la CJPP, a donné le coup d’envoi à la manifestation du 10 janvier en comparant la situation des Gazaouis à celle du ghetto de Varsovie. Ce parallèle grossier et factieux n’est pas étranger à Madame Elkouri qui fut la première à y faire élogieusement écho dans une chronique récente qui s’extasiait devant des militants qui comparaient les amis d’Israël aux complices passifs des nazis. Et on nous accuse de « terrorisme intellectuel » ! Si la nazification d’Israël ne surprend guère de la part de Madame Guay, auteure du récent brûlot « Israël ne se défend pas, il extermine », qu’on ait au moins la décence de ne pas s’étonner si de nombreux manifestants y auront vu une caution pour leurs odieux slogans « Israël nazi ! » et « Israël assassin ! ».

Si les syndicats, les ONG et Québec Solidaire ne peuvent être tenus directement responsables des gestes haineux particuliers posés lors de la manifestation, leurs années de rhétorique incendiaire et d’agitation contre Israël, tout comme leurs choix d’alliés, ont préparé un terrain fertile aux débordements haineux qui invite les sympathisants du Hamas et du Hezbollah à joindre leurs rangs.

La CJPP doit assumer son choix de faire cause commune avec des associations islamistes qui ont légitimé les attentats contre tout civil israélien adulte, se targuent de vouloir établir au Canada l’islam des Frères musulmans (dont est issu le Hamas) ou commémorent les « martyrs de la résistance libanaise ». Nul besoin d’être un ami d’Israël pour comprendre qu’une telle coalition garantissait une répétition des manifestations pro-Hezbollah de l’été 2006.

La CJPP est engagée depuis des années dans une virulente campagne de diffamation appelant au boycott du régime d’ « apartheid israélien ». La CSN promeut le boycott d’Israël, mais exigeait en 2006 que le Canada soutienne le gouvernement palestinien dirigé par le Hamas. D’autres membres de la CJPP, comme la FNEEQ-CSN, n’hésitent guère à promouvoir le boycott universitaire d’Israël sur les campus du Québec avec le groupe d’activistes canado-libanais Tadamon qui milite ouvertement en faveur de la réhabilitation du Hezbollah au Canada.

L’agitation anti-israélienne de la CJPP est son droit inaliénable et nous ne le lui disputons pas. Mais la CJPP ne peut semer le vent et refuser de récolter la tempête lorsque des éléments tributaires d’idéologies radicales se joignent à sa campagne de réprobation d’Israël dans l’indifférence générale. Attendre de la part d’éminents acteurs de la société civile qu’ils manifestent dans le respect des normes civiques du Québec transcende les sympathies des uns et des autres envers les protagonistes du conflit israélo-arabe.