Bailout

"Quand l'économie est prospère, les politiciens en attribuent tout le mérite à leurs interventions «judicieuses». Mais quand tout va mal, c'est automatiquement la faute au capitalisme."

Journal de Montréal
Du goudron et des plumes
Par Nathalie Elgrably-Levy

L'analyse de la conjoncture économique est singulière. Quand l'économie est prospère, les politiciens en attribuent tout le mérite à leurs interventions «judicieuses». Mais quand tout va mal, c'est automatiquement la faute au capitalisme.

On dit que la crise est causée par un manque de crédit, d'où la nécessité d'injecter des liquidités. Mais une telle analyse s'attaque au symptôme sans identifier le mal. À l'origine de cette crise, il y a l'éclatement de la bulle immobilière, elle-même causée par un excès de crédit. Et qui donc a littéralement inondé le marché de capitaux? Qui a réduit les taux d'intérêt jusqu'à 1% pour encourager l'emprunt? Qui est l'architecte du crédit hyperfacile et disproportionné par rapport au niveau d'épargne? C'est la Réserve fédérale américaine!

Or, une banque centrale, quelle qu'elle soit, est une entité de l'État vouée à tirer les ficelles de l'économie en manipulant les taux d'intérêt et la quantité de monnaie en circulation.

Et qui donc a voté des lois comme le Community Reinvestment Act pour précisément obliger les institutions financières à prêter à des gens insolvables? Wall Street? Des capitalistes véreux? Non, ce sont les bien-pensants de Washington! Attribuer la débâcle actuelle au capitalisme, c'est aussi absurde que de pousser quelqu'un dans une piscine pour ensuite lui reprocher d'être mouillé.

Il est également absurde d'affirmer que la crise a pris le monde par surprise. Est-ce surprenant que les banques prêtent à n'importe qui quand la Fed injecte plein d'argent et que l'État garantit certains prêts? En quoi est-ce étonnant qu'une politique monétaire débridée déstabilise les marchés?

GOUTTE D'EAU

Après tout, la Fed avait réduit les taux d'intérêt précisément pour encourager la consommation. Quant au Congrès, il avait adopté plusieurs mesures dans le seul objectif de subventionner l'accès à la propriété. L'État américain a fait des offres que personne ne pouvait refuser et il a obtenu exactement ce qu'il voulait: un accroissement de la consommation et un boom immobilier. Or, toute consommation fondée sur une expansion monétaire plutôt que sur une production réelle crée une bulle qui va fatalement éclater.

Il y a certainement des banquiers cupides, des investisseurs rapaces et des dirigeants profiteurs, et il est légitime de les dénoncer.

Mais ils ne sont qu'une goutte d'eau dans l'immensité du problème car ils ne sont responsables ni des bas taux d'intérêt, ni de l'expansion monétaire, ni du fait qu'on a créé de l'argent à partir de rien. Ceux qui ont véritablement saccagé les marchés financiers, ce sont MM. Greenspan et Bernanke. C'est à eux qu'on devrait réserver le goudron et les plumes!

Fait certain, aucun économiste de l'école autrichienne n'a été surpris. Déjà, dans les années 1920, Friedrich Hayek et Ludwig von Mises avaient vu venir le krach de 1929. Ils avaient compris les dangers du crédit facile! Plus récemment, en 2003, Gregory Mankiw, alors conseiller économique à la Maison-Blanche, mettait en garde contre les dérapages éventuels de la bulle immobilière. Enfin, en 2006, Peter Schiff publiait un livre intitulé Crash Proof, dans lequel il prévoyait avec une exactitude stupéfiante le déroulement de l'histoire.

Mais au lieu de tenir compte de leurs avertissements, la Fed a continué de jouer avec la monnaie. Et aujourd'hui, c'est sur elle que l'on compte pour sortir du pétrin ! C'est comme demander à un pyromane d'éteindre le feu qu'il vient d'allumer!