Parce que le premier billet traitant de la décision de la Cour suprême sur l'utilisation des chiens renifleurs a créé une certaine controverse, voici un texte d'Yves Boisvert qui résume assez bien la question.
"On ne touche personne, on ne déshabille personne, on ne harcèle personne et on avertit tout le monde. Où est le drame ?"
Le dur métier de chien renifleur
Par Yves Boisvert
Je ne voudrais pas être un chien renifleur de ce temps-là.
À la question de savoir s’il est permis de faire entrer des chiens renifleurs dans une école pour y trouver de la drogue, les neuf juges de la Cour suprême ont donné vendredi quatre réponses différentes.
L’homme étant parfois l’ami du chien, je tente une explication critique de ce jugement.
En additionnant les « pour », les « contre », les « ça dépend » et les « c’t’effrayant », on peut tirer la conclusion suivante : ces fouilles ne sont pas totalement interdites, mais sérieusement limitées. Il faudra désormais que les policiers aient des « soupçons raisonnables », donc des renseignements objectifs tout chauds sur la présence de drogue avant d’aller inspecter une école secondaire. Lesquels ? On se gratte le museau.
Les adolescents ont droit, comme tout le monde, au respect de leur vie privée et on ne peut se livrer à des fouilles aléatoires, écrit le juge LeBel. Le principe est noble, mais observons les faits de l’affaire.
Drogue à l’école
En 2000, le nouveau directeur de l’école St. Patrick de Sarnia, en Ontario, décide de s’attaquer au problème qui mine son high school, comme nombre d’écoles secondaires partout au Canada : la présence de drogue dans les murs de l’institution.
Il avertit parents et élèves qu’il n’y aura aucune tolérance et que des inspections au moyen de chiens renifleurs policiers auront lieu à l’occasion. Quelques visites ont lieu en deux ans sans qu’il y ait de contestation, jusqu’à celle qui nous intéresse, le 7 novembre 2002.
Ce jour-là, les policiers, qui avaient une invitation générale, demandent au directeur s’ils peuvent venir. On leur ouvre la porte. Les élèves sont priés de rester dans leur classe pendant que Chief inspecte les aires communes et le gymnase.
Le chien n’est pas en contact avec les élèves. Dans le gymnase, Chief renifle de la drogue dans un sac à dos laissé sans surveillance. On l’ouvre et on trouve cinq sacs de marijuana, 10 de champignons magiques et divers accessoires. On est clairement en présence d’un trafiquant en herbe, pour ainsi dire.
A.M., propriétaire du sac, a cependant convaincu le juge pour adolescents, puis la Cour d’appel de l’Ontario, d’exclure cette preuve, obtenue au moyen d’une fouille jugée abusive. Il fut donc acquitté.
Le débat s’est donc transporté devant la Cour suprême. À six juges contre trois, elle confirme l’acquittement.
Vie privée à géométrie variable
Bien sûr, la vie privée des adolescents est protégée par la Constitution. Mais ce qu’on appelle « l’attente de vie privée » varie selon les circonstances. Elle est plus grande à la maison qu’à l’aéroport, où l’on reconnaît que des fouilles sont nécessaires pour des raisons de sécurité. Une école est un lieu réglementé où l’on renonce également à certains attributs de la vie privée.
D’autre part, les reniflements d’un chien, hors de la présence des élèves, sont beaucoup moins « invasifs » qu’une fouille. Ils ne permettent pas de découvrir autre chose que de la drogue.
Il me semble assez désincarné de suggérer, comme le fait le juge Louis LeBel, qu’il faille des motifs permettant d’obtenir un mandat. Si on a des motifs aussi clairs, nul besoin de chiens : on n’a qu’à aller saisir le trafiquant. Tout aussi irréaliste de penser qu’une fouille menée « par la direction », au lieu de la police, serait moins invasive. D’abord, quelle école a des chiens renifleurs ? Ils sont forcément policiers. Sans chien, il faudrait fouiller de manière bien plus invasive. Et puis que fera la direction si elle trouve de la drogue ? Elle appellera la police.
Déconnecté, vous dites ?
Le juge Binnie se veut plus conciliant : il ne faut pas des « motifs raisonnables et probables » de croire qu’un crime a été commis, comme pour un mandat, mais des « soupçons raisonnables » avant d’amener le chien. Un degré de moins. La différence entre un motif raisonnable et un soupçon raisonnable ? Fouillez-moi, reniflez-moi : je l’ignore.
Barrages c. fouilles
Mais un directeur qui sait que son école est infestée par le trafic n’a-t-il pas cette sorte de soupçons en permanence ? On avertit rarement la direction du jour de la livraison. Qu’importe, c’est trop vague aux yeux de la Cour.
Pourtant, aux États-Unis, dont on s’est inspiré pour élaborer le concept de fouille abusive, ces reniflements ne sont pas soumis à des formalités juridiques. Quoi qu’il en soit, le Parlement aurait le pouvoir de permettre ces inspections par une simple modification de la loi.
Les pouvoirs d’une école
Il me semble que les directions devraient avoir le droit de prendre les mesures raisonnables pour faire des écoles des lieux minimalement protégés. Il y a là une valeur progressiste fondamentale, qui autorise un accroc minimal à la vie privée de quelques-uns. On ne touche personne, on ne déshabille personne, on ne harcèle personne et on avertit tout le monde. Où est le drame ?
J’aime bien l’analogie, faite par la juge Marie Deschamps, avec les barrages routiers pour prévenir l’alcool au volant. La sécurité publique et la gravité du fléau nous ont fait faire cet accroc à notre droit de ne pas être arrêté arbitrairement. La drogue à l’école est également un fléau.
La juge Deschamps, une des trois dissidents, écrit ceci, qui me semble une considération légitime et bien concrète : « Les écoles sont des lieux d’enseignement, mais cet enseignement permettra-t-il aux élèves d’améliorer leur sort et celui de notre société libre et démocratique, ou les écoles deviendront-elles des endroits où les élèves se retrouveront pris au piège de la drogue, des gangs, de la violence et d’autres comportements antisociaux ? (…) On ne peut pas raisonnablement dissocier le phénomène des drogues à l’école du problème de la violence physique qui va de pair avec le trafic, l’achat et la consommation de drogues. »
Pour la majorité, ce souci n’a apparemment pas pesé suffisamment lourd.
Voilà qui résume bien le noeud de cette affaire.





















Je ne voudrais pas être un chien renifleur de ce temps-là.
Ouf, il y a une large dénonciation de cette affaire! J’avais peur que tout le monde trouve ça normal.
On ne sait jamais, au Canada…
Cette histoire a des conséquences beaucoup plus large et importante…
Alors que le Canada a toutes les difficultés du monde à condamner de réels « terroristes », cette affaire passe un message très clair: « Nos institutions ne veulent plus nous protéger et ne travaillent pas dans l’intérêt supérieur de sa population… Chers tyrans, criminels et terroristes, on vous souhaite la bienvenue ! »
Il y a définitivement une trame antidémocratique actuellement au Canada et c’est la sagesse du peuple qui est écarté. Nous avons mis au monde des instances juridiques parallèles qui font la loi… Et l’effet de ces lois ? Briser les lois votés par le peuple (comme dans le cas des Accommodements Raisonnable).
Trop de juges perdent actuellement la tête et semblent avoir oubliés à quoi et surtout à QUI sert la loi et la justice !
Nous avons affaire à des « relativistes » « interprètistes » qui sont en conflit d’allégeance….
C’est délicieusement amusant de voir diverses divisions du gouvernement se faire de la marde une l’autre. Au moins nos impôts sont un minimum divertissante.
Je me passerait bien de ce genre de divertissement…
Bonne question.
Le réveil sera très brutal…
Pour la Cour surpême, se faire sentir par un chien c’est une grave violation de la vie privée.
Ok.
Pourtant hier un tribunal a ordonné à eBay Canada de donner le montant des ventes de ces usager au fisc. Le fisc veut obliger les gens à payer de l’impôt sur les ventes réalisée.
eBay a plaidé que ces donnés étaient confidentuelles et protégées par la vie privée. La cour à dit non.
Donc, se faire renifler par un chien viole ma vie privée, mais quand le fisc oblige une entreprise a donné mes infos financières c’est pas une violation.
Une vrai joke. On protège les vendeurs de drogue, mais on se montre sans pitié pour le monde ordinaire.
Effectivement ! Les juges le nez bien collé sur l’arbre ne voient plus la forêt. Ils s’enfargent dans les fleurs du tapis de la Charte. Ils distortionnent chaque élément jusqu’à le vider de tout son sens. Au Québec c’est encore pire qu’ailleurs au Canada. Ici plusieurs sont du côté des terroristes et criminels. On n’a qu’à voir les gogauchistes marcher côte à côte fièrement avec les drapeaux du Hezbollah et sortir leurs éternelles pancartes pour protester contre la guerre au terrorisme. Et dire qu’ils se croient pacifistes. Aberrant !
Les gens ont perdu tous leurs repères. C’est le « free for all », le « me, myself and I ». Comment s’en surprendre ? Les bébés sont parkés dans des orphelinats à ciel ouvert (les garderies à 7$), les jeunes sont confiés à des profs qui sont leurs ti-n’amis et les vieux sèchent dans des résidences. On ne respecte plus rien, ni personne. Une société perdue ou tous semblent croire que tout est permis.
Personne ne semble avoir compris le sens réel de la Charte des Droits et Libertés.
Trudeau doit se retourner dans sa tombe en voyant ce que l’on a fait de sa Charte. Ici, on veut avoir le droit de se promener avec de la drogue dans les écoles, d’en faire le commerce librement, sans être embêté par personne et surtout pas par un chien renifleur. Après tout nous avons des droits, la Charte le dit, non ? Bande de déconnectés de la réalité.
J’avais mis intégralement cet article de Boisvert dans le billet « Les Chiens », commentaire # 64.. Je trouvais son analyse brillante. Résultat: Aucun commentaire, pas un seul. À croire que la logique n’intéresse personne. Très heureuse que David en ai fait un sujet de discussion.
Entièrement d’accord; et c’est très bien dit. À mon avis, ces enjeux sont beaucoup plus graves que n’importe quelle question économique.
Je ne suis pas certain de ça. Je crois plutôt qu’il avait la philosophie de la Cour suprême actuelle…
Il n’y a qu’un coupable dans tout ça: Pierre Eliott Trudeau. C’est lui qui a enlevé le pouvoir décisionnel des mains des députés démocratiquement élus par le peuple pour le donner aux juges non-élus et nommés par partisanerie politique ou idéologique par le pouvoir en place. Et on dit que le Canada respecte la séparation des pouvoirs de Montesquieu? Laissez-moi rire! Les fédéralistes s’en sacre, surtout si ça sert à accélérer le processus d’assimilation des Québécois francophones.
Réplique:
Moi, j’en suis certaine. Trudeau n’est pas du tout ce que les séparatistes en ont fait. Ils l’ont diabolisé parce qu’il a tué dans l’oeuf le terrorisme (FLQ) au Québec. Depuis ce temps, pour eux, tout ce que Trudeau a fait était forcément mauvais. Trudeau a eu le courage de nous pondre une Charte des Droits et Libertés et il était plus que temps qu’on en ait une. Et son intention était de protéger l’humain, tous les humains, ce qui comprend la population. Les juges ont changé la nature de la Charte en ne protégeant que les criminels et en se foutant du reste de la population. Voilà ce que j’en pense. Mon avis sérieux !
Ça c’est vrai. L’autorité, le respect, le dépassement de soi et la réussite individuelle ont été bannis de notre société où on est regardé comme si on était des crosseurs, dès qu’on gagne plus de 100000$ par année. Nicolas Sarkozy a raison sur Mai 68, précurseur de notre Charte des droits qui accélère le processus d’assimilation des Québécois francophones en ayant institutionnalisé le bilinguisme et le multiculturalisme, ce qui nous a amené le scandale des accommodements raisonnables religieux, source des crises linguistique et identitaire qui frappent actuellement le Québec.
Alors, on fait quoi maintenant, hein? On reste le cul assis sur le statu quo en réélisant la nouille à Charette? On fait une nième négociation constitutionnelle qui finira droit dans le mur, encore une fois? On fait l’indépendance pour se gérer nous-mêmes sans l’aide de personne en agissant, pour une fois, en un peuple adulte, fier de sa langue, de sa culture et de son identité nationale et soucieux de son destin, de son avenir et de son développement?
Si vous voulez lire le rapport complet des juges sur ce dossier, allez à l’adresse suivante.
http://csc.lexum.umontreal.ca/fr/2008/2008csc18/2008csc18.html
Je viens de lire. De quoi vous donner la migraine. Pauvres juges, incapables d’arriver à un consensus, c’est à qui saurait le mieux distortionner la Charte.
Je vous rappelle que la Cour Suprême est formée d’un juge en chef et de 8 juges puînés nommés par le gouverneur en conseil.
La Loi sur la Cour suprême prévoit qu’au moins 3 des juges doivent provenir du Québec.
Par tradition, 3 autres juges proviennent de l’Ontario, 1 des Maritimes et 2 des provinces de l’Ouest.
Si vous bad-trippez encore sur l’affaire des chiens, ces deux chroniques de Richard Martineau devraient vous dresser les cheveux sur la tête…
De toutes les couleurs
De toutes les couleurs ( 2 )
Peut-être que vous avez raison par rapport aux droits accordés aux criminels, mais je référais plutôt à votre commentaire relatif à l’érosion des valeurs. Par sa Charte, Trudeau a créé une société farouchement individualiste.
Je ne dis pas individualiste au sens libertarien, de chacun prenant soin de lui-même et de ses proches, mais au contraire individualiste au sens « Liberal » américain, c’est-à-dire que l’État garantit la possibilité à tous et chacun de vivre indépendamment de tout réseau familial ou amical. Ainsi, les gens n’ayant plus besoin les uns des autres, le tissu social se dissout progressivement. C’était la société à la laquelle aspirait Trudeau : une société où l’État, gouverné par une élite bien-pensante, remplace les institutions traditionnelles comme la famille et la communauté locale. Il ne faut pas oublier que Trudeau a été marxiste puis socialiste assez tard dans sa vie (avant de devenir important en politique); sa mentalité en est marquée.
Aaargh!! Je veux casser quelque chose!
Mdr…Je suis un homme blanc. Maudit que je n’ai pas de chance…
Cela fait longtemps que plus rien ne m’étonne en ce bas monde. Et après on dit que la police ne fait rien. Après avoir lu les liens donné par Philippe David a son commentaire #11, vous comprenez pourquoi.
Les trucs que Martineau mentionnent ne nuisent pas seulement qu’aux juges, mais aux communautés qui doivent après ça dealer avec les conséquences de l’affaire.
Ça aucun bon sens…
Tanné des accommodements déraisonnable qu’on fait aux indiens.
Laissez faires les Indiens et autres ethnies. Les juges sont aussi cléments pour tous les criminels.
Prenez le cas de la jeune Patricia Jolicoeur (29 ans), handicapée à vie, à l’hôpital depuis novembre 2006, alors qu’elle promenait son chien sur le gazon, elle s’est fait happer par un jeune écervelé qui conduisait à une vitesse folle. Il n’a eu que 18 mois et a été libéré aujourd’hui, après une seule semaine en prison. Il s’en va en appel et les juges ont cru bon de le libérer en attendant. En attendant quoi ? Qu’il en handicape une autre ? Bande de déconnectés.
Les juges sont devenus « gagas » ou gogauchistes, je crois. Ils sont maintenant en permanence du côté des criminels, peu importe la nationalité.