Débat présenté à l'émission "Il va y avoir du sport" au sujet de la hausse des frais de scolarité:

Passons sur les délires du hippie au béret trop serré qui pense que la société lui doit tout et que les méchantes banques complotent contre les pauvres étudiants…

Il a été question de Statistique Canada dans ce débat, voici la conclusion de cet organisme. Entre 1993 et 2001, les frais de scolarité ont augmenté de 77% au Canada. Durant cette même période, les jeunes de familles à revenu moyen ou faible n'étaient pas moins susceptibles de fréquenter l'université en 2001 qu'ils ne l'étaient en 1993. Conclusion: une hausse modérée des frais de scolarité n'a pas d'impact sur l'accès à l'éducation.

Il faut aussi dénoncer le sophisme voulant que parce que l'éducation est un investissement, l'état doit obligatoirement y contribuer de manière importante. Si j’achète un bloc appartement, c'est un investissement qui rapportera aussi à la société. Mais ce n'est pas une raison pour que le gouvernement l'achète à ma place pour ensuite me le confier.

Je vous laisse sur cet article du Figaro qui compare les étudiants français aux étudiants américains. Un article qui s'applique aussi au Québec…

Le Figaro
Pourquoi les jeunes Américains ne se révoltent pas…

Les étudiants américains ne sont pas dans la rue. L’Amérique est pourtant engagée, depuis trois ans, dans une guerre devenue impopulaire et dont on ne voit pas l’issue. Et la condition économique des étudiants est exigeante : les droits d’inscription dans une université privée aux Etats-Unis sont en moyenne de 21 200 dollars. Dans les institutions les plus prestigieuses, ils peuvent être deux fois plus élevés. Encore la condition est-elle de posséder un dossier assez solide pour être accepté. Pour une université publique, il faut compter en moyenne 5 500 dollars. Qui plus est, ces coûts augmentent deux à trois fois plus vite que l’inflation. Paradoxe : il n’y a pourtant pas en Amérique d’universités en grève.

Le mois dernier, les étudiants américains ont savouré plutôt les joies de leur spring break, ces vacances de printemps qui sont souvent le moment où ils se retrouvent par centaines sur les plages de Floride et du Mexique, à boire et faire la fête. Faut-il voir dans ce défoulement rituel une preuve d’exubérance irrationnelle ? En réalité, pas forcément : les jeunes Américains sont optimistes. Ils affichent une conscience politique plus tranquille, plus apaisée : ce sont désormais des engagés volontaires – et non des conscrits comme à l’époque du Vietnam –, qui risquent leur vie en Irak. Enfin, la jeunesse américaine est confiante dans sa capacité à trouver un emploi à la sortie de l’université. Et pour cause : le pays frôle la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée et le taux de chômage est tombé à 4,8%.

Quant aux jeunes diplômés de premier cycle universitaire, leur taux de chômage est de 5% pour les hommes et de 5,6% pour les femmes. A l’inverse, concernant les jeunes sans diplôme de «high school» (c’est-à-dire, en gros, sans le baccalauréat), on relève un taux de chômage de 20% pour les hommes et de 23,6% pour les femmes. Toutes catégories confondues, pour les Américains de moins de 25 ans, on obtient un taux de chômage qui n’est que de 10%, contre 23% en France.

Dans un pays où l’éducation supérieure n’est pas un droit, mais un privilège, ces statistiques sont un profond élément de motivation. En effet, aux Etats-Unis, l’université est perçue comme un investissement lourd qui renferme la promesse d’un emploi rémunéré davantage que la moyenne des non-diplômés. Les salaires moyens d’embauche pour les diplômés d’économie, de finance et de comptabilité sont de 45 191 dollars par an, en hausse de 11% par rapport à l’année dernière. Les diplômés de premier cycle universitaire dans des disciplines littéraires peuvent espérer un salaire moyen de 30 828 dollars, ce qui représente 6% de plus que l’année dernière.

Au-delà de ces données quantitatives, c’est la relation de l’étudiant américain au monde du travail qui est très différente de celle qui prévaut en France. Aux Etats-Unis, l’université n’est pas un monde en soi, coupé de la vie active. Plus de 42% des étudiants américains à plein temps exercent en outre une activité professionnelle. C’est souvent une nécessité pour aider à financer leurs études, mais c’est également un bon moyen d’acquérir une expérience concrète. Pour un étudiant de première année de droit, travailler à des classements ou faire des recherches dans un cabinet juridique, par exemple, est une occasion de s’ouvrir sur le monde réel.

Si les étudiants américains n’ont pas peur du chômage, c’est aussi que les employeurs américains n’ont pas peur de l’embauche. La notion de «contrat de travail» ne s’applique en Amérique qu’à une minorité déclinante de salariés syndiqués ou à des vedettes du sport ou du show-business. La norme est, en effet, à l’embauche sans contrat. Une embauche qui est donc rapide, et remarquablement informelle. Aucune loi fédérale ne régit, aux Etats-Unis, les préavis de licenciement. La pratique courante est, néanmoins, d’accorder au moins deux semaines de préavis avant de se séparer d’un employé. Dans le cas de licenciements collectifs pour raisons économiques, les salariés doivent recevoir une notification 60 jours à l’avance. Les indemnités chômage varient d’un Etat à l’autre en fonction des normes fédérales. Elles portent au maximum sur 26 semaines. Leur montant dépend du salaire anciennement perçu par le chômeur. Mais il est plafonné à un niveau modeste.

Un tel régime est une forte incitation pour les demandeurs d’emploi à en trouver rapidement un autre. Aujourd’hui, en Amérique, 19% des chômeurs sont sans emploi depuis plus de 27 semaines ; il y a un an, cette proportion était de 20%. L’Oncle Sam ne dicte pas davantage aux entreprises la durée des congés payés. Deux à trois semaines de vacances par an pour les débutants sont la norme. Et les périodes de congés payés s’allongent ensuite au cas par cas, en fonction de l’ancienneté.

Ultimement, c’est le rapport au travail qui est en cause : comme on sait, ce ticket d’entrée dans la vie active qu’est le diplôme universitaire est une grande source de fierté pour les étudiants américains, qui aiment à l’afficher au mur de leur bureau. Et la cérémonie de remise du précieux parchemin est l’occasion de célébrations importantes – du nom de «commencement ceremony». Ce mot, à lui seul, est emblématique. Loin de pleurer la fin d’une vie protégée, ponctuée de longues vacances, le diplômé américain «commence», pour de bon, dans la vie. Il n’est la proie d’aucune angoisse de la précarité, mais au contraire rempli d’optimisme et surmotivé, comme le veut une culture américaine davantage tournée vers l’avenir que vers la préservation du passé. Le jugement exprimé par 90% des entreprises, selon lesquelles le marché du travail est «bon, très bon ou excellent», conforte naturellement cet état d’esprit.