Frederick Forsyth

Tiré d’un roman de Frederick Forsyth, la meilleure explication de l’antiaméricanisme:

C’est un vieux cadre des services secrets britanniques qui, dans un club londonien à la fin des années soixante, lui a donné un début d’explication. Les États-Unis s’enfonçaient alors dans le bourbier du Vietnam, les protestations se faisaient de plus en plus violentes à travers le monde. « Mon petit, lui avait confié le maître espion blanchi sous le harnais, si vous autres Américains étiez faibles, vous ne seriez pas détestés. Pauvres, non plus. Ils ne vous haïssent pas malgré vos milliards de dollars, mais « à cause » d’eux ! »

Il avait pointé un doigt vers Grosvenor Square, où au même moment opposants professionnels et étudiants chevelus s’apprêtaient à assaillir l’ambassade américaine à coups de pierres : « Ils ne vous vomissent pas parce que vous attaquez leur pays, mais parce que vous protégez sa sécurité. Croyez-moi, il ne faut jamais chercher l’approbation générale. Vous pouvez avoir la suprématie, ou l’affection générale, mais non les deux. Ce qui s’exprime contre vous, c’est pour dix pour cent un sincère désaccord et, pour le reste, de la jalousie pure. N’oubliez jamais deux choses : la première, c’est que personne ne pardonne à son protecteur de l’avoir été ; la seconde, c’est qu’il n’y a pas de haine plus intense que celle dirigée contre celui qui a été bon avec vous. »

« Ils ne vous pardonneront jamais, mon cher, avait-il affirmé. N’y comptez même pas, c’est la meilleure façon de ne pas être déçu. Votre pays est un constant reproche adressé à eux : sa force ne fait que souligner leur faiblesse, son esprit d’entreprise leur léthargie, ses innovations les réactionnaires qui les gouvernent, son audace leurs fatalistes inutiles. Il suffit que le premier démagogue venu apparaisse et se mette à clamer que tout ce que possède l’Amérique leur a été volé pour qu’ils y croient. »