"Pour la majorité des Québécois, vouloir la paix, c'est surtout vouloir qu'on ne les dérange pas, qu'on ne perturbe pas leur quiétude"

Le Quotidien
Une guerre à laquelle personne ne croit
Jacques Brassard (mercredi, 22 août 2007, p. 11)

Cet été, à Trois-Rivières, j'ai assisté à un spectacle en plein air de Claude Dubois. Vers la fin, entre deux rappels, le chanteur se lance dans un prêchi-prêcha virulent contre la présence canadienne en Afghanistan. Toutes les fadaises pacifistes y passent: nous n'avons pas de raison de faire la guerre aux talibans; Harper est le caniche de Bush (c'est aussi le cas de Blair pour les pacifistes anglais); nous voulons la paix et non la guerre. Le chanteur a conclu sa diatribe en qualifiant aimablement le gouvernement conservateur de "gang d'osties".

Il revient en rappel et, là, il tient à préciser qu'il "aime beaucoup les gars du 22e", que "ce n'est pas leur faute s'ils vont faire la guerre en Afghanistan, mais celle du gouvernement qui les a mis dans la marde (sic)".

Notez l'exquise finesse et le langage châtié du troubadour…

Je vous raconte cette anecdote parce qu'elle reflète bien l'état d'esprit des Québécois à l'égard de la présence canadienne en Afghanistan.

Comme Claude Dubois – et bien d'autres z'artistes – les Québécois sont pour la paix. Ce qui n'est guère original. Mais, quand on creuse un peu, quand on essaie de cerner le sens du mot Paix, on se rend compte qu'il a la signification de l'expression courante: "Qu'on me fiche la paix!"

Tranquillité d'esprit

C'est donc la paix dans le sens de tranquillité et même d'indifférence. Pour la majorité des Québécois, vouloir la paix, c'est surtout vouloir qu'on ne les dérange pas, qu'on ne perturbe pas leur quiétude. Bien sûr, le Canada a une armée, mais il convient qu'elle reste une armée d'opérette et que le Royal 22e demeure à Valcartier.

Mais, il y a aussi, chez les Québécois, un doute très fort, pour ne pas dire une grande incrédulité, quant au caractère mondial de la guerre au terrorisme islamiste. Or, les opérations militaires en Afghanistan s'inscrivent totalement dans cette Quatrième Guerre mondiale.

Si vous n'êtes pas pleinement conscients que nous sommes en plein djihad, (Guerre sainte menée par l'islam radical contre l'Occident) il est sûr, pour vous, que la mission afghane n'a guère de sens.

Si vous n'êtes pas persuadés que les combats au Liban, en Afghanistan, en Irak, en Israël, au Darfour, font partie d'une même guerre, il est évident que vous ne comprenez pas la dynamique islamiste, dont l'objectif est de soumettre des populations entières à la Charia.

Si vous n'êtes pas convaincus que les bombes qui explosent à Madrid, à Londres, à Istanbul, au Maroc, en Algérie, en Égypte, en Indonésie, ont pour but d'affaiblir et de saper la résistance à l'islamisme, c'est que vous ne voyez pas le processus d'islamisation qui se poursuit à vive allure dans plusieurs pays occidentaux.

Pas seuls

Il est vrai, cependant, que les Québécois ne sont pas les seuls à nier la réalité de cette Guerre mondiale. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie, en France, partout en Occident, l'opinion s'oppose, avec de fortes majorités, aussi bien à la guerre en Afghanistan qu'à celle en Irak.

Et il faut dire que la stratégie des islamistes intégristes vise, par le terrorisme, à faire naître, chez les nations démocratiques, la peur d'abord, puis la lassitude et l'envie de la reddition. "Les Islamistes, disait ben Laden, sont opiniâtres et aiment la mort tandis que les Occidentaux se lassent vite et aiment la vie". Quand on voit le pacifisme à la Claude Dubois être si répandu en Occident, et quand on voit des soldats canadiens mourir au combat alors qu'une majorité de leurs concitoyens estime leurs présence là-bas inutile, c'est à se demander si ben Laden, finalement, n'a pas raison.

La grande faiblesse des démocraties, c'est de fermer les yeux sur les dangers qui les menacent. Tocqueville l'avait bien compris, au 19e siècle, quand il a analysé la démocratie américaine dont la Constitution comporte l'objectif de la "poursuite du bonheur".

"La démocratie, écrivait-il, me paraît bien plus propre à diriger une société paisible, où à faire au besoin un subit et vigoureux effort, qu'à braver pendant longtemps les grand orages de la vie politique des peuples".

Il faut une agression sauvage pour que les démocraties se résignent à la guerre. S'il n'y avait pas eu Pearl Harbor et l'écroulement des Tours jumelles à New-York, il est loin d'être certain que les États-Unis seraient entrés en guerre en 1941 et en 2001. Et on constate que, pour l'opinion publique et le Parti démocrate, dans la guerre contre la terreur, le "subit et vigoureux effort" en Irak doit prendre fin.

Mais, aller dans le sens du repli, quitter l'Afghanistan, sortir d'Irak, abandonner Israël, fermer les yeux sur le programme iranien de bombe nucléaire, se soumettre à l'islamisation, ce serait capituler devant l'ennemi et se résigner au triomphe de la barbarie et du fanatisme djihadistes. Va-t-on se réveiller à temps?