La Presse (via Cyberpresse) et Le Devoir "révélaient" la semaine dernière que l’état-major algérien avait fait l’acquisition de systèmes de communication américains trafiqués de manière à relayer les communications de l’armée algérienne aux systèmes de surveillance électronique israéliens.

Le "scoop" a été dévoilé par un certain Gilles Couture dans un texte "d’opinion" au Devoir et dans une "analyse" à La Presse:

La Presse / Le Devoir
La mission canadienne

Au cours de l'été 2006, les services de renseignement militaires russes ont révélé aux services de renseignement et de sécurité de l'armée algérienne le trucage par les services américains des systèmes de communication achetés aux États-Unis pour le compte de l'état-major de l'armée algérienne. Les valises de commandement permettant d'assurer la sécurité et de contrôler les communications militaires algériennes étaient en fait reliées en permanence aux systèmes de surveillance électronique américains et israéliens.

À la lecture de ce passage on serait en droit de conclure que M. Couture a eu accès à des sources militaires russes. Une recherche sommaire révèle plutôt que l’auteur a simplement décidé de plagier, presque mot pour mot, une partie d'un texte du site "Algeria Watch":

Algeria Watch
Luttes de clans sur fond de conflits géopolitiques

Au cours de l'été 2006, les services de renseignement militaire russes ont révélé aux chefs du DRS le trucage par les services américains des systèmes de communications sophistiqués achetés aux États-Unis par la firme Brown & Roots Condor pour le compte de l'état-major général. Selon le journaliste indépendant Madjid Laribi, qui a révélé l'affaire, ces "valises de commandement" permettant de sécuriser et contrôler toutes les communications militaires étaient en réalité "connectées en permanence sur les systèmes d'intelligence électronique américains et israéliens" !

Quant au "scoop" de l’obscur journaliste indépendant Madjid Laribi, j'ai beau chercher sur Google, nulle part je n'ai pu contre-vérifier ses allégations. Même du côté de la presse algérienne on ne retrouve rien. Pourtant cette dernière suit de près une enquête judiciaire sur la pétrolière algéro-américaine Brown & Roots Condor soupçonnée par la justice algérienne d’avoir obtenu des contrats sans appel d’offres. Et d'ailleurs, pourquoi le gouvernement algérien aurait fait acheter par une pétrolière du matériel de communication militaire ?

Qu’il s’agisse d’une nouvelle, d’un reportage, d’un texte d’opinion ou d’une analyse, les éditeurs ont le même devoir journalistique élémentaire: s'assurer que le texte n'est pas un plagiat et vérifier vigoureusement les faits allégués par son auteur. Il est consternant que devant la gravité des "révélations" de M. Couture, ni La Presse, ni Le Devoir n’aient effectué les vérifications qui s’imposaient.

Quand il est temps de déblatérer n'importe quoi sur les États-Unis et Israël, toute rigueur journalistique semble s'évaporer dans les médias québécois.