La semaine dernière l'Institut Économique de Montréal a rendu public une étude louangeant le modèle économique suédois. Voici une entrevue avec l'auteur de cette étude:

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Institut Économique de Montréal
Comment expliquer le succès du modèle suédois?

Déjà dans les années 1980, des doutes à propos du modèle suédois avaient commencé à surgir, alors que la performance économique relative de la Suède ralentissait et que l’État providence augmentait graduellement le fardeau fiscal du travailleur moyen, mais aucun gouvernement n’avait eu la volonté politique d’entreprendre les réformes fondamentales qui s’imposaient. Dans les années 1990, les gouvernements successifs ont cependant fait preuve de pragmatisme et n’ont pas eu peur de remettre en question certains dogmes qui paralysaient l’économie du pays. La récession économique et la crise des finances publiques aidant, les dirigeants politiques n’ont eu aucun mal à convaincre le reste de la population quant à l’urgence de réformer l’État-providence, dont les limites étaient devenues clairement apparentes. Avec l’aval des parties prenantes, ils ont alors décidé de donner une plus grande place aux mécanismes de marché : décentralisation des pouvoirs administratifs, déréglementation et ouverture des monopoles publics à la concurrence, assouplissement de la réglementation du marché du travail, allègement du fardeau fiscal et réglementaire, etc.

Sur le plan administratif, l’une des premières initiatives du gouvernement central a été de confier aux comtés et aux municipalités le soin de s’occuper des budgets et de prendre les décisions en ce qui concerne les services clés offerts aux citoyens, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité et de la culture. Cette décentralisation des pouvoirs au niveau des autorités locales s’est accompagnée d’une réorganisation complète des agences du gouvernement, alors que plusieurs ont été fusionnées, ou même abolies dans certains cas. Celles qui sont demeurées ont pour leur part obtenu plus d’autonomie, pour la gestion et la fourniture des services, mais aussi en matière d’embauche, de rémunération et de licenciement du personnel. La rémunération des employés de l’État s’effectue maintenant selon la performance et non plus uniquement selon le principe d’ancienneté. Les emplois à vie pour les employés du secteur public n’existent plus en Suède, et les contrats temporaires abondent de plus en plus. La sécurité d’emploi n’est donc garantie que par la compétence de l’employé.

Sur le plan de la fourniture des services publics, les décideurs politiques ont choisi de faire appel à l’expertise du secteur privé et d’ouvrir à la concurrence plusieurs secteurs d’activité. En santé et en éducation notamment, la fourniture des services est maintenant assurée en partie par des entreprises privées, même si le financement demeure totalement public (par exemple sous forme de bons d'études depuis 1992 qui offrent aux parents le même financement public peu importe quelle école ils choisissent pour leur enfant, qu'elle soit du secteur privé ou public). L’État suédois a aussi procédé à la déréglementation de plusieurs monopoles publics et d’autres industries sclérosées : les secteurs du transport aérien et ferroviaire, du taxi, de l’électricité, des télécommunications, des services postaux, de même que la vente au détail et la vente d’alcool ont tous été libéralisés à différents degrés. Ces libéralisations ont permis d’abaisser considérablement les coûts de ces services. Le transport en commun est un exemple éloquent : à Stockholm, depuis 1993, l’exploitation du métro, des autobus et des trains de banlieue a été mise en concurrence. La gestion déléguée a fait diminuer les coûts de manière importante, économisant 110 millions d’euros par année à la société publique de transport en commun locale.

Quand le Québec aura-t-il le courage d'entreprendre de telles réformes ?