Commentaire

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« En mai 1968 » d’Enzo Bettiza, article paru dans Commentaire (Hiver 2006-2007):

Puis Revel a voulu dresser un parallèle entre « les authentiques jeune combattants » de la révolution hongroise de 1956 et les « jeunes révolutionnaires imaginaires » [de mai 68] qui, ces jours-là, investissaient les amphis universitaires et les rues de Paris. Je continue à reconstituer de mémoire à peu près ce qu’il m’a dit: « Á Budapest, en 56, on a vu de jeunes prolétaires, souvent fils de communistes, affronter dans une lutte à mort l’épouvantable pouvoir communiste de la deuxième superpuissance mondiale, réclamant des droits civiques, la liberté d’expression, l’indépendance nationale. Alors qu’ici, sous cette fenêtre, que voit-on ? Une masse de jeunes bourgeois aisés et pleins d’imagination qui, mettant en scène un combat théâtral avec un pouvoir paternaliste indulgent, réclament en substance l’annulation de ces droits et libertés civils qui cependant leurs permettent de fracasser des vitrines et de dresser des barricades au nom d’une révolution impossible. La démocratie libérale est en soi vulnérable, elle invite presque à l’anarchie ludique et au chaos estudiantin: un luxe que seuls les enfants de sociétés riches et permissives peuvent se permettre. »