Pour une province francophone noyée dans une mer anglophone, la culture c'est important. M'enfin, c'est ce qu'on nous répète toujours…

Culture Canada

Même pour la culture, les "méchants rednecks" de l'Alberta sont premiers…

Source:
Hill Strategies
Les dépenses de consommation au chapitre de la culture en 2005 pour le Canada, les provinces et 15 régions métropolitaines

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L'Actualité
Rodéo culturel
L’Actualité, no. Vol: 31 No: 8

Les pétromillionnaires d’Alberta commencent à jouer les mécènes avec les artistes. Musées, théâtres, restaurants poussent à Calgary comme des champignons. Une rivale pour Toronto?

Soirée de gala au Grand Theatre de Calgary, le 4 mars dernier. Plus de 500 personnes sont venues célébrer la réouverture de cet établissement presque centenaire, qui a déjà accueilli Sarah Bernhardt, les Marx Brothers et Fred Astaire. Les serveurs font circuler les canapés à travers le foyer bruyant, où se mêlent danseuses du ventre et travestis, nouveaux riches et membres de l’establishment. Le coeur est d’autant plus à la fête que le prix du pétrole caracole vers des sommets historiques.

Comme tout ce qui voit le jour à Calgary ces temps-ci, la rénovation du Grand a bénéficié d’une généreuse injection de pétrodollars: le premier don d’entreprise (une somme de 400 000 dollars) est venu de Total E&P Canada – une filiale du groupe énergétique français. En tout, le directeur artistique Mark Lawes a réussi à collecter plus de 12 millions en fonds privés. Il a ainsi pu retenir les services de Trizart Alliance, société montréalaise de scénographes-conseils qui travaille avec le Cirque du Soleil. Le théâtre de 400 places, complètement transformé après avoir servi de centre de golf intérieur pendant des années, est maintenant doté de gradins mobiles et d’une scène modulaire.

Cette métamorphose radicale est à l’image de celle que vit en ce moment Calgary. […]

Cela s’avère certainement pour le milieu culturel, dont les subventions sont gelées depuis 1988. Par conséquent, les artistes ont dû apprendre à parler le langage des affaires et à créer des partenariats public-privé, qui sont aujourd’hui cités comme des modèles du genre. “Les dirigeants d’entreprise sont prêts à nous aider parce qu’ils sont déjà passés par la recherche de financement, dit Bob White, directeur artistique de la compagnie Alberta Theatre Projects. Ils sont habitués à prendre des risques pour une idée en laquelle ils croient. Et puis la plupart d’entre eux voyagent aux quatre coins de la planète: ils comprennent qu’une ville ne peut être dynamique sans vie culturelle.”

Lance Carlson, président du Collège d’art et de design de l’Alberta, a fondé l’an dernier un institut qui tente d’entamer un dialogue avec les entreprises cherchant des solutions créatives à leurs problèmes de tout ordre. Xerox, Exxon et la Fondation RBC se sont empressées de lui offrir un appui financier.

À la compagnie Alberta Ballet, le Québécois Jean Grand-Maître, directeur artistique depuis 2002, essaie quant à lui de rendre la danse plus accessible à la population. “Calgary est encore une ville commerciale, dit-il. Le défi ici est d’intégrer les arts et la culture à la vie de tous les jours.” Voilà pourquoi un de ses projets puise à même la riche tradition orale de l’Ouest, qu’il compare à celle du Québec. “Une culture vivante est une culture ancrée dans le folklore”, dit-il.

“Héritage” est un mot qu’on entend de plus en plus souvent à Calgary ces temps-ci – surtout depuis que la province, libre de dette, engrange des surplus. “À quoi doit servir tout cet argent? s’interroge Bob White. Il y a des limites à ce qu’on peut acheter. Il est plus important de nous demander quel genre de vie nous léguerons à nos enfants.”

Le fait que la fortune de la ville soit liée à une ressource non renouvelable rend la question d’autant plus urgente. Nombreux sont ceux qui, plutôt que de s’asseoir sur leurs lauriers financiers, s’activent à collecter des fonds pour divers projets éducatifs. “Je ne connais pas un seul milliardaire à Calgary qui ne travaille pas, dit l’homme d’affaires George Gosbee. Ces gens-là pourraient prendre leur retraite demain matin et aller vivre ailleurs, mais ils préfèrent rester ici et trouver d’autres moyens de contribuer à la collectivité.”

Bien sûr, il y a de nouveaux arrivants qui ne cherchent qu’à profiter des avantages fiscaux de Calgary sans s’y intégrer. On leur a donné le sobriquet de “tireurs de bisons” – comme ces chasseurs qui déguerpissent après avoir abattu le gibier. Mais ils restent une minorité, pour le moment.