Je pensais avoir tout dit, bien non… je reviens encore sur l'élection de lundi dernier.

De la victoire de l'ADQ on a spontanément dit que c'était celle "des régions". J'ai décidé d'aller plus loin dans l'analyse pour voir où se situe l'électorat de l'ADQ, du PLQ et du PQ.

Après avoir déterminé la densité de population (habitants/km2) de chacun des 125 comtés, j'ai divisé ces derniers en 5 groupes pour déterminer combien de députés avaient obtenu les partis dans chacun de ces groupes. Le "groupe 1" ce sont les 25 circonscriptions les moins denses, le "groupe 5" les 25 circonscriptions les plus denses.

Bref, Voici qui fera réfléchir les organisateurs électoraux pour la prochaine campagne.

Élection 2007

Élection 2007

Élection 2007

PLQ: 67% des députés du PLQ viennent de zones urbaines et métropolitaines (groupes 4 & 5)

ADQ: 73% des députés de l'ADQ viennent de zones suburbaines et banlieusardes (groupes 2 & 3)

PQ: 64% des députés du PQ viennent de zones rurales et métropolitaines (groupes 1 & 5)

Le PLQ est manifestement le parti des villes, l'ADQ obtient la majorité de ses votes dans "la moyenne" et le PQ à la particularité de clivez ses suffrages entre 2 zones aux antipodes l'une de l'autre.

Et si par "région" on désigne les zones rurales, alors les régions sont encore péquistes.

Source:
Directeur Général des Élections du Québec
Renseignements sur les circonscriptions

Pour terminer, voici 2 textes qu'il faut absolument lire: une analyse de ce qui pourrait arriver au PQ et une analyse de la gauche québécoise au lendemain de l'élection. Vous n'avez qu'à suivre le lien:

La Presse
Politique-fiction: PQ, 2009

Nous sommes au printemps 2009, deux ans après le séisme électoral qui a propulsé Mario Dumont dans le siège de chef de l'opposition officielle. Pendant ces deux années, Jean Charest s'est maintenu au pouvoir avec le concours alterné de l'Action démocratique et du Parti québécois. De son côté, le parti de René Lévesque a digéré, de peine et de misère, son amère défaite. D'intenses discussions, de graves déchirements ont agité le PQ. Avec des acteurs et des stratèges de la scène politique québécoise, nous avons voulu faire un petit exercice de politique-fiction: de quoi pourrait avoir l'air le PQ dans deux ans? Montez dans la machine à voyager dans le temps et choisissez votre scénario.

Scénario A: l'éclatement

Ce qui est arrivé

Après les élections, André Boisclair est demeuré un an à la tête du Parti québécois. Sous sa gouverne, le PQ a officiellement mis son option en veilleuse. La souveraineté demeure donc l'objectif ultime, mais le référendum n'est plus un automatisme. C'est, en gros, le retour aux conditions gagnantes de Lucien Bouchard. Le programme du PQ reste de centre gauche. Les purs et durs, ulcérés par ce qu'ils considèrent comme une trahison, ont quitté le parti. Les souverainistes qui se retrouvent plus à droite dans le spectre idéologique ont aussi quitté le PQ pour l'ADQ, persuadés que Mario Dumont sera, à terme, celui qui fera la souveraineté. Car, à l'issue de négociations constitutionnelles infructueuses, il pourrait, croient-ils, être contraint de tenir un référendum sur la souveraineté.

Ce qu'ils en pensent

Les purs et durs du Parti québécois n'accepteraient pas facilement que l'on mette la souveraineté sur la glace. «Le Parti québécois existe pour faire la souveraineté du Québec», lance Paul Bégin, ex-ministre péquiste et membre de la faction dure. Il partirait, advenant une mise en veilleuse de l'option? «Certainement», dit-il, rappelant le schisme qu'avait créé, en 1985, la doctrine d'affirmation nationale de Pierre Marc Johnson.

«À partir du moment où le PQ n'est plus souverainiste, quelle est la différence entre le PQ et le PLQ dans la gestion de l'État à la petite semaine? Pas grand-chose», ajoute Patrick Bourgeois, éditeur du journal Le Québécois et membre, jeune celui-là, de l'aile pure et dure. «Si on s'enligne pour un autre beau risque, à l'aile orthodoxe, on va se réunir et voir ce qu'on fait.»

«Le risque d'éclatement est réel», dit un ancien élu péquiste. «Parce que nous n'avons plus de chef immense pour nous tenir. Le réflexe de l'Homo pequs, c'est le Messie. Mais là, c'est fini».

Une fois la souveraineté mise en veilleuse, le Parti québécois, une coalition hétéroclite de gens de gauche et de droite, perdrait son ciment, estime Jean-Claude Rivest, sénateur libéral et fin observateur de la scène politique québécoise. «Si on enlève le couvercle sur la marmite du Parti québécois, il y a deux sauces qui vont sortir : une de droite et une de gauche», illustre-t-il.

Le débat gauche-droite s'engagerait donc au PQ. Et si d'aventure l'aile gauche, qui a gagné beaucoup de muscle, remportait la mise, un certain nombre de souverainistes partiraient, estime l'ex-ministre Jacques Brassard. «On a encore un programme social-démocrate des années 60-70. Si on choisit de s'engager à gauche encore davantage, moi, je décroche. Et il y en a beaucoup qui vont décrocher.»

Ces souverainistes de droite iraient-ils se réfugier dans les bras de Mario Dumont? En tout cas, un gouvernement Dumont relancerait «l'industrie constitutionnelle», croit Jean-Claude Rivest, qui était l'éminence grise de Robert Bourassa au moment de l'accord du lac Meech. «Avec Mario, on rembarque dans la démarche de Jean Lesage, de Robert Bourassa. Mais si on accepte ça, on va frapper un mur.»

«Beaucoup de souverainistes sont tentés par l'ADQ parce qu'ils pensent qu'il faut rejouer dans le grand film constitutionnel», admet un péquiste de longue date.

Scénario B: le «New PQ»

Ce qui est arrivé

Oui, le Parti québécois a mis son option sur la glace en revenant aux conditions gagnantes de Lucien Bouchard. Mais non, cette redéfinition n'a pas causé de schisme. Quelques « caribous» sont partis, mais la majorité des membres a volontiers accepté que le référendum ne soit plus un automatisme. Cependant, la discussion sur la nature idéologique du programme a été vive. Les tenants d'un «New PQ», à l'image du New Labour de Tony Blair, ont finalement remporté le combat. Le Parti québécois, disent-ils, sera donc fidèle à ses racines – souveraineté et social-démocratie -, mais les moyens pour atteindre ces objectifs seront différents. Cette orientation n'a pas plu aux éléments les plus à gauche, qui ont quitté le parti pour se joindre à Québec solidaire.

Ce qu'ils en pensent

«L'erreur qu'on fait, c'est de penser que le référendum est le ciment du PQ. Le ciment, c'est la souveraineté, observe Jacques Brassard. L'immense majorité des membres va accepter d'emblée cette réorientation.»

Sauf rares exceptions, les purs et durs resteraient au Parti québécois, croit aussi Jean-François Lisée, ex-conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard. «Lévesque a essayé toute sa vie de les faire partir et ils ne partent jamais», dit-il à la blague de cette faction orthodoxe, qui représente, selon lui, un minime 5 % des membres du PQ.

«Ces gens-là continuent de parler de souveraineté comme si on était en 1971! Ils m'exaspèrent, lance le père de la stratégie étapiste, Claude Morin. Il faut proposer une feuille de route pour la souveraineté, mais la route n'a pas à être construite avant l'hiver!»

Jonathan Valois, l'un des trois mousquetaires péquistes qui avaient pondu un rapport incisif sur la souveraineté, est d'accord. « À un moment donné, il va falloir arrêter de se faire gouverner par ces gens-là. Il va falloir les convaincre qu'on est en train d'étouffer la question nationale», lance-t-il.

Cependant, les remises en question au Parti québécois devront aller bien au-delà de son article 1, estime l'ex-ministre Joseph Facal. « Les Québécois veulent une offre politique qui part de leurs besoins réels. On ne renie pas la social-démocratie ; on offre une réponse social-démocrate aux besoins des gens.»

« Personne n'avait de doute sur les valeurs de Tony Blair. Et ça lui a permis de faire des ouvertures au centre», observe Jean-François Lisée. Et qu'est-ce que ça veut dire, concrètement? Relisez le manifeste des lucides, dit Joseph Facal. Dégel des droits de scolarité, augmentation des tarifs d'électricité.

Les propositions des lucides devraient cependant être remaniées, estime Richard Nadeau, professeur de sciences politiques, qui a aussi été conseiller de Bernard Landry. « Il faudrait faire une synthèse en intégrant les éléments de diagnostic des lucides, mais aussi d'autres éléments qu'ils n'avaient pas abordés, comme l'environnement.

Mais l'aile gauche n'accepterait jamais ce genre de compromis. « Le SPQ-libre va faire ses valises et on devra l'assumer», renchérit Jacques Brassard en parlant du club politique de gauche formé au PQ sous Bernard Landry.

Scénario C: le statu quo

Ce qui est arrivé

Après la défaite crève-coeur de 2007, André Boisclair a fait long feu comme chef. Juste avant l'été, il tombe, achevé par les couteaux bien aiguisés de ceux qui lui reprochaient sans relâche la débandade du PQ. Une course à la direction s'engage, dominée par Gilles Duceppe. Parce qu'ils veulent être élus, les aspirants à la direction s'écartent très peu de l'orthodoxie péquiste. Tous s'engagent donc à tenir un référendum au cours du premier mandat s'ils sont élus. La social-démocratie classique demeure également à l'ordre du jour. Après une longue course à la direction, Gilles Duceppe est élu par une large majorité.

Ce qu'ils en pensent

« Relisez les journaux de 1987 ou 1988. Le PQ était mort, le PQ était rétrograde… Des mots très durs. Et pourtant, avec Jacques Parizeau, on a réussi à remonter la pente. Ce n'est pas vrai que c'est en renonçant à ce qu'on est qu'on va réussir», dit Paul Bégin.

Pour l'ex-ministre de la Justice, la recette du succès est simplissime : le PQ doit retrousser ses manches et continuer la pédagogie. « Il faut faire le cheminement qu'on a oublié de faire depuis le départ de Jacques Parizeau : faire la promotion de la souveraineté.» Et la chose passe immanquablement, croit M. Bégin, par un changement de chef. « Scénario probable : le PQ fait comme d'habitude : il tue son chef et ne change rien», ironise un ex-ministre péquiste.

Or, selon plusieurs, ce scénario serait suicidaire. « Ce serait la NPDisation du PQ. On se condamnerait à être un parti de protestation qui ferait 20 % et moins du vote. C'est l'insignifiance», dit un péquiste de longue date. « La pire chose, ce serait que rien ne change», acquiesce Jonathan Valois.

« On est entrés dans un autre beau risque. Mais ce n'est pas nous qui l'avons lancé : c'est l'électorat qui a répondu», dit Jean-Pierre Charbonneau, ex-ministre péquiste. « La stratégie de 2004 a un petit côté suicidaire. Elle est insensée. Elle risque de nous conduire à un troisième référendum perdant», ajoute Jacques Brassard. « Il faut que les gens acceptent de tout remettre en cause», renchérit Yves Martin, ex-conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard.

La Presse
Le spectre de la droite, Claude Picher

Le concert québécois des bonnes âmes n’a pas attendu que la poussière soit retombée sur les résultats électoraux de lundi pour sortir sa litanie de sombres prophéties.

Imaginez: défiant les consignes du Plateau, le monde ordinaire a oser voter ADQ! Du coup, c’est comme si une immense catastrophe s’était abattue sur le Québec.

J’exagère? À peine! Voyons plutôt ces quelques extraits de lettres parues cette semaine dans les pages Forum de La Presse:

«C’est le triomphe du populisme, du simplisme et de la démagogie; je ne croyais pas assister un jour à la résurrection du duplessisme», écrit Michel Lebel.

«Les candidats-vedettes de Mario Dumont aux prochaines élections: Jeff Filion à la Culture, Pierre Mailloux à la Santé et le portefeuille des Finances à Stephen Harper», ajoute Claude Desjardins.

«Adieu système de santé public, CPE, assurance-automobile, assurance-médicaments, et le train de la droite va rouler à toute allure», conclut Lévis Bouchard.

Wo! Wo! Wo! On se calme, s’il-vous-plaît.

Dans un premier temps, on peut comprendre ces cris d’indignation. Libéraux et péquistes ne se sont pas gênés pour décrire Mario Dumont comme un sectaire de droite, voire d’extrême-droite.

La recrue libérale Pierre Arcand l’a même comparé à Jean-Marie Le Pen. Il y a de cela de nombreuses années, j’ai travaillé avec Pierre Arcand; il était mon patron à CKAC. J’ai toujours respecté et admiré sa vivacité d’esprit et son sens aigu de la rigueur professionnelle.

Qu’un homme de cette valeur se soit laissé aller à un tel dérapage démagogique en dit long sur la panique qui a gagné les rangs libéraux en cours de campagne. N’empêche: à force de taper sur la tête de Mario Dumont, les autres partis ont fini par le démoniser aux yeux d’une partie de l’opinion publique, comme en témoignent les citations que l’on vient de voir.

Or, pour qui se donne la peine de se renseigner, Mario Dumont se situe dans une toute autre branche de l’éventail politique.

Si on tient à comparer ses idées à celles de politiciens connus, on pourrait citer, en Allemagne, l’ex-chancelier Gerhardt Schroeder; au Royaume-Uni, le premier ministre Tony Blair; en France, la candidate à la présidence Ségolène Royal ou l’ex-premier ministre Lionel Jospin. Tous ont deux choses en commun:

* Ce sont des socialistes, issus de la plus authentique tradition social-démocrate européenne, dont aiment tant se réclamer les purs et durs de la gauche québécoise;

* Tous les quatre, bien que socialistes, ont fort bien compris que l’État-providence tel qu’on l’a connu depuis trente ans, c’est fini.

Depuis le début des années 90, des changements puissants secouent l’économie mondiale. La concurrence internationale est de plus en plus féroce. Les marchés financiers sont plus volatils et plus tentaculaires que jamais. La révolution technologique a bouleversé nos vies.

Les fusions et acquisitions d’entreprises ont atteint une ampleur sans précédent. Les entraves au commerce disparaissent les unes après les autres. Aux concurrents traditionnels (États-Unis, Japon, Europe) sont venus s’ajouter de nouveaux joueurs redoutables: Chine, Inde, Brésil et des dizaines d’autres.

Le vieillissement démographique affecte tous les pays industrialisés.

Ces changements forcent les gouvernements à repenser le rôle, la taille et le fonctionnement de l’État. Cela passe par des finances publiques plus saines, un contexte réglementaire moins rigide, un cadre fiscal moins lourd, des initiatives pour stimuler la productivité, accroître le rendement des réseaux d’éducation et de santé, offrir de meilleurs services publics à meilleur coût. Les défis sont considérables.

Plusieurs pays ont compris cela, y compris la Suède, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et beaucoup d’autres «modèles» sociaux-démocrates, qui ont assoupli leur législation du travail, resserré leurs programmes sociaux, fait appel à l’expertise du secteur privé et allégé leur fiscalité.

Il n’existe pas de formule Rand en Nouvelle-Zélande; il n’existe plus de salaire minimum au Danemark; au Pays-Bas, on ne peut plus dépendre de l’assistance sociale de génération en génération; il existe maintenant des hôpitaux privés en Suède.

La France est très fière, à juste titre, de son superbe réseau d’autoroutes construit et exploité en grande partie en partenariat avec le secteur privé; toujours en France, le système public de santé fait largement appel au privé, qu’il voit comme un partenaire plutôt qu’en ennemi (la France, soit dit en passant, impose aussi un ticket modérateur aux patients).

Tous les milieux de gauche, à travers le monde, sont tombés à bras raccourcis sur les réformes de Margaret Thatcher au Royaume-Uni; pourtant, lorsque le travailliste Tony Blair (les travaillistes britanniques peuvent se comparer à nos néo-démocrates) a été élu, il s’est bien gardé de toucher aux réformes de Mme Thatcher, tout simplement parce que la dame de fer, en dépit de tous les anathèmes et hauts cris de la gauche, a réussi à remettre l’économie britannique sur ses rails.

Il n’y a plus guère qu’au Québec où une poignée d’irréductibles nostalgiques déconnectés refuse d’admettre à quel point le monde a changé autour de nous.

La plate-forme électorale de l’ADQ comporte 86 engagements. Le document démontre une assez nette préoccupation pour l’économie: plus de 40 engagements portent en effet sur la fiscalité, le développement régional, les finances publiques et d’autres enjeux économiques.

Bien sûr, comme toute plate-forme électorale, celle de l’ADQ relève en grande parie du catalogue de bonnes intentions. Mais on y retrouve en filigrane une authentique préoccupation à l’égard de l’avenir économique des Québécois.

Cette inquiétude est fondée: de nombreuses études ont déjà montré à quel point le Québec perd du terrain par rapport à ses voisins, en bonne partie à cause d’un fardeau réglementaire trop lourd, de gains de productivité anémiques, de la faiblesse des investissements privés, d’une fiscalité abusive.

Dans l’esprit de certains, vouloir s’attaquer à tout cela, ce serait de «droite». Moi, je dis plutôt que vouloir remettre le Québec sur le chemin de la prospérité, c’est drôlement plus stimulant que de se réfugier dans des doctrines éculées.