Chavez - Ahmadinejad

Le Temps
L'axe anti-américain

L'intronisation, hier à Quito, de Rafael Correa à la présidence de l'Equateur a offert un raccourci saisissant du climat politique de la région. L'économiste socialiste était pour l'occasion entouré des principaux ténors de la gauche sud-américaine fraîchement élus ou réélus, du prince héritier d'Espagne, représentant de l'ancienne puissance coloniale, et d'un personnage plus inattendu: Mahmoud Ahmadinejad. Le président iranien avait embrassé deux jours plus tôt à Caracas son «frère» Hugo Chavez et rendu visite la veille au sandiniste Daniel Ortega dans une atmosphère d'effusion avec à chaque fois à la clé de multiples promesses d'entraides économiques et d'appuis politiques.

Comment expliquer que les leaders de la gauche marxiste chrétienne d'Amérique latine fraternisent avec l'émissaire d'une théocratie islamiste antisémite? Qu'y a-t-il de commun entre les tenants de la «révolution bolivarienne» et ceux de la «révolution islamique»? Rien. Rien si ce n'est une idéologie anti-américaine et anti-impérialiste qui n'a pas attendu la guerre en Irak pour se manifester mais qui se renforce proportionnellement à l'entêtement de l'Amérique de George Bush à poursuivre dans sa voie unilatérale.

De plus en plus corrompu, le Venezuela de Chavez, qui glisse vers une dictature nationaliste, trouve avec l'Iran un allié de circonstance pour user de l'arme du chantage pétrolier en cas d'agression américaine. Téhéran, désormais dans la ligne de mire de Washington et qui ne peut compter que modérément sur ses alliés russes et chinois, cherche de son côté à diversifier ses soutiens pour défendre son programme nucléaire. Cette alliance stratégique peut s'expliquer par la paranoïa de dirigeants instrumentalisant la haine de l'Amérique pour cimenter leur peuple. Mais elle répond aussi à l'aspiration de ces populations à une plus grande reconnaissance de leur souveraineté.